Mille femmes blanches de Jim Fergus

4ème de couv. : En 1874, à Washington, le Président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle de squaw et les rites indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux cotés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption…

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Ce roman « traîne » dans ma PAL depuis un moment mais grâce au groupe FB #PicaboRiverBookClub sur lequel j’ai vu passer nombre d’avis positifs et le challenge de l’amitié du groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté, je l’ai enfin lu. Et quel bonheur ! Coup de coeur pour ce roman  !

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En 1874, le Président Grant et le chef indien Little Wolf se sont bien rencontrés mais d’après ce que j’ai pu lire il n’y a aucun document officiel relatant cet entretien. La légende dit que le chef indien aurait demandé l’échange de mille femmes blanches contre des chevaux et des bisons. Jim Fergus s’est emparé de ce fait historique (et de cette légende) et s’est demandé ce qui ce serait passé si le Président Grant avait accepté. C’est ainsi qu’est née cette fiction. Ecrite sous forme de journal, il raconte l’histoire d’une femme, May Dodd, qui accepte ce deal.

May Dodd est enfermée dans un asile psychiatrique par sa famille parce qu’elle aime un homme qui n’est pas de sa condition et avec qui elle a eu deux enfants hors mariage. Pour fuir cet enfermement et retrouver sa liberté, elle accepte cet arrangement entre puissants. Elle est choisie par le chef indien Little Wolf pour devenir son épouse. May, femme cultivée, comme beaucoup de ses compagnes, relate toute son histoire dans des carnets qui seront retrouvés des dizaines d’années plus tard.

Le lecteur part ainsi à la rencontre d’un peuple indien, de sa culture, de ses rites, de sa vie quotidienne. Les femmes blanches et les indiens et indiennes essaient de s’apprivoiser, le barrage de la langue n’aide pas, mais contrairement aux préjugés ces indiens sont patients et tolérants. Ils sont respectueux des coutumes de ces blanches et acceptent même un moine qui n’a pas le même Dieu qu’eux. Et si parfois ils sont choqués par les attitudes de ces dames, tel fumer la pipe (réservé aux hommes !), ils laissent faire. On se rend compte alors que les indiens sont bien plus tolérants que les Blancs colonisateurs.

Le mode de pensée des blancs est lui aussi à des années lumières de celui des indiens. Par exemple, le mal n’existe pas chez les indiens, d’ailleurs le mot lui-même n’existe pas dans leur langue. Certaines scènes qui pourraient nous paraitre barbares sont pour eux de l’ordre de la tradition, souvent liée à des idées mystiques et ne comprennent pas les réactions de dégoût, d’indignation et de colère de ces femmes blanches.

May, elle, est une combattante, une féministe, une idéaliste. Elle voudrait que les peuples vivent en paix les uns à côtés des autres. Elles croient en cette mission d’intégration. Elle finit par aimer cette vie, ce peuple. Les femmes entre elles sont très solidaires malgré leur différence, ce qui n’aurait pas été possible dans le monde dit civilisé des blancs où on ne mélange pas les serviettes et les torchons !

Une certaine harmonie règne dans son groupe d’adoption malgré la violence liée à l’alcool, aux guerres entre clans et aux conflits avec les blancs. Puis tout s’écroule et May témoigne, impuissante, de l’extermination des peuples indiens, appelés les sauvages. Seulement, les sauvages ne sont peut être pas ceux que l’on croit…

Ce roman est fort, puissant à l’image de ces guerriers indiens. Il est magnifiquement bien écrit. Une fois commencé, difficile de le lâcher. Et il a été douloureux pour moi de quitter ces personnages. Mais tout a une fin…. malheureusement pour les peuples indiens.

Jim Fergus a écrit une suite : La vengeance des mères en 2016. Je vais m’empresser de me procurer ce tome d’autant qu’à l’écoute de l’interview que je vous propose ci-dessous j’apprends qu’il écrit un troisième tome !

Mille femmes blanches de Jim Fergus aux éditions Le Cherche Midi, 2000. 505 pages dans la version Pocket. Traduit par Jean-Luc Piningre.

Lu dans le cadre du challenge de l’amitié littéraire 2018 proposé par Iman Eyitayo sur le groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté.

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Interview de Jim Fergus en 2016 à la sortie de La vengeance des mères.

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Mapuche de Caryl Férey

4ème de couv. : Jana est mapuche, fille d’un peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd’hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires dans la friche de son ancien mentor et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne. Rubén Calderón aussi est un rescapé – un des rares «subversifs» à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune sœur. Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature de Videla, et leurs bourreaux… Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Mais un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, «Luz», qui tapinait sur les docks avec «Paula», la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête sur la disparition d’une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d’un des hommes d’affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des oppresseurs rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers, qui ont expulsé la communauté de Jana de ses terres ancestrales… 

Ce roman est incroyable de dureté, d’émotions, de suspens, de noirceur mais aussi d’amour. Nous découvrons un monde cruel et violent.

Mapuche c’est l’histoire de l’Argentine, sa dictature, son après dictature mais c’est aussi l’histoire des Mapuches, tribu exterminée par les colonisateurs. Nos deux héros sont issus de cette histoire. Ruben, détective privé pour les Mères de la place de mai (association qui recherche les disparus de la dictature), est un rescapé des prisons de la junte militaire d’où peu sont sortis vivants. Jana est une rescapée du massacre des Mapuches. Deux meurtres vont les réunir, celui d’un travesti et ami de Jana et celui de la fille d’un riche milliardaire argentin sur lequel Ruben enquête. L’auteur nous emmène ainsi dans les périodes sombres de l’histoire argentine où des bébés sont arrachés à leur famille, famille souvent assassinée, pour être adoptés par de riches familles stériles. C’est aussi la période où des familles entières sont éliminées (femme, enfant, etc.) parce que l’un de leur membre ose s’élever contre le pouvoir en place.

Caryl Ferey ne nous épargne pas. Ses descriptions sont terrifiantes, crus, horribles, dures comme pouvaient l’être les actes de torture subis par des milliers d’argentins. Les personnages sont animés par la haine et la douleur. Les victimes deviennent bourreaux, laissant leur esprit de vengeance et leur souffrance prendre le dessus. Mais ce sont aussi des personnes dont le coeur est remplie d’amour. Cela va-t-il suffire pour les sauver ?

Au prétexte d’une enquête policière (suspens garanti !), l’auteur dénonce l’impensable, l’inacceptable. Les mots et le style de l’auteur vous pénètrent au plus profond. C’est un excellent roman noir qui ne peut pas laisser indifférent.

Mapuche de Caryl Férey aux éditions Gallimard (Série Noire), 2012 – 450 pages

Lu dans le cadre du challenge de l’amitié littéraire 2018 proposé par Iman Eyitayo sur le groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté.

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Rencontre avec l’auteur, à l’occasion de Lire en Poche 2015 – Gradignan

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La tresse de Laëtitia Colombani

4ème de couv. : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.  Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée. Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

C’est l’histoire de trois femmes, trois battantes que tout sépare et pourtant elles mènent chacune le même combat pour la liberté. La liberté d’être femme, la liberté de vivre, la liberté de penser, la liberté de refuser le sort qui leur est réservé.

Smita, est indienne, appartenant à la caste la plus basse de la société. Elle est une intouchable. Chaque jour elle ramasse à mains nues les excréments des castes supérieures, c’est son travail. Elle n’est pas toujours payé, et  quelque fois maltraitée. Mais c’est ainsi de mère en fille depuis des générations. Mais Smita décide de briser la chaine, elle refuse que sa fille subisse le même sort. Elle veut qu’elle aille à l’école, qu’elle apprenne à lire et à écrire. Contre l’avis de son mari, elle s’enfuie une nuit avec sa fille pour échapper à leur destin.

Giulia est italienne. Elle travaille à l’atelier de son père qui confectionne des perruques et des postiches à partir de cheveux italiens. Quand son père se retrouve dans le coma suite à un accident, elle prend les rênes de l’entreprise et découvre que la petite société est en faillite. Sa famille ne voit qu’une solution qu’elle épouse cet homme riche qui lui courre après depuis plusieurs années. Elle refuse, d’autant qu’elle a déjà donné son cœur à un homme qu’elle voit en secret. Sa famille n’accepterait pas cet indien de confession sikh. Elle se bat, impose ses idées envers et contre tous pour sauver cet atelier.

Sarah est canadienne. Elle est une brillante avocate et travaille dans un cabinet prestigieux. Mère de trois enfants, divorcée deux fois, elle jongle entre sa vie de mère et sa vie professionnelle, donnant toujours la priorité à son travail où pour s’imposer et garder sa place de leader il faut être là à 200%. Jusqu’au jour où un cancer s’invite. Les traitements la fatiguent, elle se métamorphose physiquement : elle maigrit, perd ses cheveux. Elle qui était une véritable séductrice, impeccablement coiffée et habillée… Sarah doit appréhender la vie autrement, pour elle et ses enfants.

Le lecteur suit ainsi le parcours de ces trois femmes,  parcours difficiles, semés d’embûches, d’injonctions sociales, de discriminations, de diktats. Ces trois femmes doivent se battre pour leur liberté, leur dignité, leur indépendance. Trois femmes qui ne se rencontreront jamais mais qui sont liées à jamais par une mèche de cheveux.

Laëtitia Colombani a frappé très fort avec ce premier roman. L’histoire, le style, les personnages, la poésie, tous les ingrédients sont là pour faire naitre un véritable coup de cœur littéraire. Ce roman est une vraie réussite !

La tresse de Laëtitia Colombani aux éditions Grasset, 2017. 224 pages.

Lu dans le cadre du challenge de l’amitié littéraire 2018 proposé par Iman Eyitayo sur le groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté.

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Les gens heureux lisent et boivent du café de Agnès Martin-Lugand

4ème de couv. :  » Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. « 
Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. Afin d’échapper à son entourage, elle décide de s’exiler en Irlande, seule. Mais à fuir avec acharnement la vie, elle finit par vous rattraper…

C’est son titre qui m’a donné envie de le lire. Je l’ai emprunté sans même lire la quatrième de couverture. Le début du roman est pognant, l’auteur nous met dans le bain dès la première page. Un peu à la façon de Camus avec son incipit « Aujourd’hui, maman est morte » ou aux premières pages du roman de Leïla Slimani « Chanson douce ».  Je n’ai pu retenir quelques larmes face au drame qui frappe de plein fouet Diane : sa fille et son mari meurent tous deux dans un accident de voiture. Un deuil difficile, une douleur qui ne s’apaise pas. Diane reste cloitrée chez elle, seul son ami Félix amène un peu de vie dans cet appartement qui est resté tel que le jour de l’accident, plus d’un an auparavant. Puis Diane décide de partir en Irlande et rencontre Edward. Le lecteur assiste alors à un « Je t’aime moi non plus ». Tous deux vivant avec leur souffrance, leur histoire douloureuse, se confrontent,  s’affrontent, vont jusqu’à se bousculer violemment pour éviter l’évidence : ils s’aiment. Mais c’est sans compter sur l’ex d’Edward qui ne l’entend pas de cette oreille. Quelques autres personnages gravitent autour de ce couple peu banal. Ils arrivent toujours au bon moment avec les bons mots. Le scenario est vraiment bien ficelé. Tout est fluide. Jusque la fin… là rien ne va plus !  Je n’ai pas compris le revirement de Diane. Ou peut-être voulais-je autre chose pour elle, pour eux. Je suis déçue. Mais malgré ça, j’ai vraiment adoré ce petit roman.

L’auteur nous livre donc un roman d’amour finement écrit. Elle a su utiliser la langue pour nous faire vivre toutes les émotions des personnages. J’ai ressenti la douleur de Diane mais aussi sa colère, sa résignation, ses joies, ses doutes, son amour. Ce livre m’a littéralement happée. J’ai laissé mes affects prendre le dessus. J’ai lu ce livre avec le cœur. Et c’est bon !… Un petit coup de cœur. Je programme vite la lecture de la suite de ce roman « La vie est facile, ne t’inquiète pas ».

Les gens heureux lisent et boivent du café de Agnès Martin-Lugand aux éditions Michel Lafon, 2013. 186 pages dans la version poche Pocket.

Lecture commune du groupe FB : Je me livre à la p@ge.

 

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Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski

4ème de couv. : Jérémie, « la Cité des poètes », est une petite ville d’Haïti qui semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, face à une mer de carte postale, qu’atterrit l’Américain Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies. Rapidement happé par la vie locale et ses intrigues politiques, il se lie d’amitié avec Johel Célestin, un jeune juge respecté de tous, qu’il convainc de se présenter aux élections afin de renverser le redoutable sénateur Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme mystérieux de Nadia, la femme du juge, va en décider autrement, alors que le terrible séisme de 2010 s’apprête à dévaster l’île… Portrait féroce du pouvoir et magnifique histoire d’amour, ce roman inspiré de l’expérience de l’auteur rend un vibrant hommage à l’énergie éclatante du peuple des Haïtiens et de leur culture. Avec le regard d’un journaliste et la verve d’un collectionneur d’histoires, mêlant la tragédie à un humour ravageur, Mischa Berlinski s’impose comme un incroyable conteur.

Grâce au groupe FB, Picabo River Book Club et aux éditions Albin Michel, j’ai passé de belles heures de lecture. Ce roman est passionnant. Tout en étant une fiction plein de rebondissements, il n’en reste pas moins un véritable regard sur Haïti. La société décrite par l’auteur est une réalité dans ce petit pays dévasté par la pauvreté, la corruption et les catastrophes naturelles. Seules les périodes de l’Histoire ne sont pas respectées : il n’y avait pas d’élection en cours au moment du séisme de 2010 (l’auteur le souligne bien en fin de volume). Tous les personnages et les situations sont d’un réalisme terrifiant. La culture haïtienne, teintée de croyance religieuse, qu’elle soit catholique ou vaudou, est dépeinte dans ce roman telle qu’elle existe dans la vie des Haïtiens, il est évident que l’auteur a passé un long séjour dans ce pays. La description du séisme aussi est terriblement bien écrite.

Ce roman est donc composé de plusieurs histoires, politique d’abord puisqu’il s’agit de l’affrontement de deux personnes qui souhaitent gagner les élections, ensuite d’amour avec Nadia, cette femme aussi belle que mystérieuse qui fera chavirer le cœur de Terri pour le malheur de son époux et de l’épouse de ce dernier enfin, celle d’un pays qui essaie de vivre tant bien que mal. L’auteur, lui, reste en retrait. Il observe, il rapporte, ne prend que rarement position. On pourra d’ailleurs par moment reprocher un style un peu trop journalistique. Le livre est dense et peut ennuyer parfois mais dans l’ensemble j’ai beaucoup aimé.

Dieu ne tue personne en Haïti de Micha Berlinski aux éditions Albin Michel, 2018. 495 pages.

 

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