Kannjawou de Lyonel Trouillot

4ème de couv. : Cinq jeunes gens à l’orée de l’âge adulte rêvent en vain d’avenir dans le misérable quartier de la rue de l’Enterrement, proche du grand cimetière où même les morts doivent lutter pour se trouver une place. Confrontés à la violence des rapports sociaux et aux dégâts causés par des décennies d’occupation militaro-humanitaire dans leur pays placé sous contrôle de la communauté internationale, ils n’ont pour viatique que le fantasme d’improbables révolutions, les enseignements du “petit professeur” et de sa vaste bibliothèque, ou les injonctions de man Jeanne, farouche gardienne des règles d’humanité élémentaires – règles que bafouent allègrement les nantis et les représentants interchangeables des ONG planétaires. Ces derniers, le soir venu, aiment à s’encanailler au “Kannjawou”, un bar local aussi pittoresque qu’authentique aux yeux de visiteurs décomplexés et surentraînés à détourner résolument le regard de l’enfer ordinaire que vit un peuple simplement occupé à ne pas mourir. Dans la culture populaire d’Haïti, le mot kannjawou désigne, à l’origine, la fête, le partage. Mais à quelles réjouissances songer quand la souffrance, qui fait vieillir trop vite, accule à la résignation jusqu’à détruire la solidarité des communautés premières ? En convoquant avec éclat la dimension combative dont toute son oeuvre porte la trace ardente, Lyonel Trouillot met ici en scène la tragédie d’un pays qui, sous la férule d’enjeux qui ne sont pas les siens, pris en otage par les inégalités, les jeux de pouvoir et la précarité, dérive dans sa propre histoire, privé de tout projet collectif rédempteur

**********************************

Lecture commune du groupe FB : « Je me livre à la p@ge« 

**********************************

Je suis une fan de cet auteur haïtien depuis ma rencontre avec son roman « Parabole du failli ». Son écriture, aussi poétique que percutante, est incroyablement juste et envoutante. Il sait trouver les mots pour décrire les personnages, les lieux, les situations et raconter une histoire difficile et douloureuse. Sans pathos, sans plaintes, il nous entraîne dans le quotidien de milliers d’haïtiens qui essaient de survivre face à des situations climatiques dramatiques mais aussi face à un gouvernement corrompu et des ONG pas toujours aussi bienveillantes qu’elles le devraient.

Chaque roman est un hymne à la poésie, à l’écriture, aux livres. Ils sont un espoir, un remède, un avenir.

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire en elle-même, elle est très bien écrite sur la quatrième de couverture et mon « blabla » supplémentaire n’apporterait pas grand chose, si ce n’est de risquer de trop en dévoiler. Je ne peux que vous encourager à lire ce roman, à lire cet auteur. Ces lectures vous apporteront un éclairage intéressant sur la vraie vie des habitants de ce petit pays (maudit ?), celle dont on ne parle pas dans les médias. Ces lectures vous apporteront aussi un moment de pure poésie, de beauté et d’émerveillement dans un monde dévasté et misérable, paradoxale ? C’est tout le talent de l’auteur.

Kannjawou de Lyonel Trouillot aux éditions Actes sud, 2016. 192 pages.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Je me livre à la p@ge, Lire, Littérature haïtienne

L’armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen

4ème de couv. : Elsa, la grand-mère d’Anna, est atteinte d’un cancer foudroyant. Entourée de ses proches, elle compte bien profiter de chaque instant, de chaque plaisir, jusqu’au bout : les rayons du soleil, les bains de mer, ou le corps de Martti, son mari depuis plus de cinquante ans, contre le sien. Mais Anna découvre que derrière ce mariage heureux se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille. C’est une vieille robe oubliée dans une armoire, trouvée par hasard, qui va réveiller le passé…

**************

Lecture commune du groupe FB : « Je me livre à la p@age« 

**************

L’histoire de ce roman est vieille comme le monde : l’adultère. Le mari d’Elsa tombe amoureux de la jeune fille au pair, cette histoire dure plusieurs années jusqu’à ce que tout éclate. Cette histoire d’amour va engendrer nombre de conséquences sur leur fille et leur petite fille. Secret de famille, non-dit provoquent souffrance et mal de vivre. En parallèle, on suit le parcours d’Eeva, la jeune fille au pair. Une jeune femme passionnée, entière, idéaliste, amoureuse. Le roman fait ainsi des allers retours entre aujourd’hui et les années soixante, période pendant laquelle se joue ce trio amoureux. En toile de fond, nous avons la maladie d’Elsa, elle se meurt d’un cancer. La famille s’occupe d’elle à tour de rôle. Chacun à sa manière, avec ses difficultés, sa souffrance.

Lors d’un tête à tête avec sa petite fille, Anna, Elsa raconte cette période de leur vie de couple. Anna part à la recherche d’Eeva, pour en savoir plus, pour connaitre cette femme qui a tant troublé la vie de ses grands-parents.

C’est un roman très fort, perturbant, émouvant, poétique même, très bien écrit et ne laissant pas indifférent mais j’ai été confrontée à quelques incompréhensions qui m’ont dérangée. A certains moments du roman, quand l’autrice passe d’une époque à une autre, je me suis parfois perdue, ne sachant plus avec quels personnages j’étais : la mère, la fille ou la petite fille ? Une autre question aussi : qui est Linda ? De façon inattendue, ce prénom apparaît alors que je suis sensée être avec Anna, Eeva et Eleonoora (voir page 346 par exemple). Une autre curiosité :  Martti et Eleonoora ne sont pas nommés quand c’est Eeva qui raconte. Elle les appelle L’homme et la fillette. Pourquoi ? Pour mettre de la distance ?

Un bon roman donc mais pas un coup de coeur. A l’occasion, je lirais un autre roman de cette autrice mais sans aucune conviction.

L’armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen (traduit par Claire Saint-Germain) aux éditions Albin Michel, 2012. 397 pages.

Poster un commentaire

Classé dans Je me livre à la p@ge, Lire, Littérature finlandaise

Le songe d’une nuit d’octobre de Roger Zelazny

4ème de couv. : Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ? Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau… Le Jeu va commencer. Quel sera votre camp ?

**************************************

Je découvre avec ce livre l’univers de Roger Zelazny, auteur américain de romans fantastique et de science-fiction. Je ne suis pas une spécialiste du genre mais je m’y intéresse de plus en plus et dévore à chaque fois ces histoires extra-ordinaires. Le songe d’une nuit d’octobre fut lui aussi un vrai plaisir de lecture. Ce roman fantasque teinté d’humour noir est aussi captivant qu’intelligent.

L’histoire se passe à l’époque victorienne dans les faubourgs de Londres, me semble-t-il. Le 31 octobre doit s’ouvrir un portail d’où les Grands Anciens sortiront (référence à l’univers de Lovecraft, mais là, pareil, je ne suis pas spécialiste) et ce n’est pas bon du tout, mais alors pas du tout !
Deux équipes vont se confronter, les ouvreurs qui vont aider à l’ouverture de ce portail et les fermeurs qui vont l’en empêcher. Mais comme dans toute bonne enquête, on ne sait pas qui est qui. Et, c’est ce que va essayer de découvrir Snuff, le chien, aidé de Graymalk la chatte, de Nightwind le hibou, de Quicklime le serpent, de Cheeter l’écureuil, de Needle la chauve souris etc.. car tous doivent se retrouver le 31 octobre, avec leurs maîtres et maîtresses respectifs, pour la dernière manche. Tout ce beau monde a 31 jours pour préparer cette cérémonie finale, chacun y va donc de ses emplettes macabres pour créer sa poudre magique, de ses petits meurtres, de sa petite enquête. Chaque jour du mois d’octobre donne lieu à un chapitre et chaque jour nous découvrons de nouveaux personnages et de nouveaux indices nous permettant de savoir qui est ouvreur, qui est fermeur. Ce roman est une véritable murder party et le lecteur mène l’enquête à travers le regard de ces animaux aux pouvoirs magiques. Ce qui est aussi génial dans ce roman est que chaque  personnage « humain » correspond à un personnage de la littérature fantastique, policière ou un personnage historique célèbre. Aucun de ces personnages n’est nommé, nous les devinons à la lecture. Ainsi nous croisons par exemple le bon docteur et son homme expérimental (Frankeinstein), le comte (Dracula), le grand détective (Sherlock Holmes), Rastov (Raspoutine), Jack (Jack l’éventreur)…. je ne vous en dis pas plus, je vous laisse les découvrir. Bref, c’est un univers bien à part mais tellement bien écrit qu’on y croit vraiment. J’ai aussi aimé le ton humoristique employé tout au long du récit, humour noir bien sur mais drôle. 🙂 Un très très bon moment de lecture.

A lire aussi la préface par Thimothée Rey qui permet d’en savoir plus sur l’auteur.

Le songe d’une nuit d’octobre de Roger Zelazny (traduit par Ange Desmarais) aux éditions ActuSF, 2019 (collection Hélios). 277 pages.

Lu dans le cadre d’un envoi SP ActuSF

Poster un commentaire

Classé dans Lire, Littérature amécaine (U.S.), SFFF

Presidio de Randy Kennedy

4ème de couv. : Après six années d’une drôle de vie menée au loin en solitaire, Troy Falconer retourne dans la petite ville où il a grandi. Il s’est tôt fait la promesse de ne jamais rien posséder et emprunte depuis la vie des autres : leurs porte-feuilles, leurs valises, leurs costumes et leurs voitures… Pourtant lorsqu’il apprend que la femme de son frère s’est enfuie avec le maigre pécule hérité du père, Troy met le cap sur New Cona (tableau miniature de l’Amérique rurale), bien décidé à aider Harlan à retrouver l’argent. Ils embarquent alors dans un road trip chaotique à travers les paysages austères du Texas. Seul hic, une passagère non déclarée est à l’arrière de la voiture : Martha, une gamine qui n’a pas froid aux yeux et une idée fixe en tête, retrouver son père au Mexique. Les frères Falconer ne sont plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour kidnapping…

 

**************************************************

Reçu grâce au partenariat entre le Picabo River Book Club et les éditions Delcourt. Merci à eux, je me suis régalée ! Très bon roman, auteur à suivre…

***************************************************

Deux frères se retrouvent après plusieurs années sans nouvelles l’un de l’autre. Troy a parcouru le pays, incognito, volant les uns et les autres  parce qu’il refuse de posséder quoique ce soit […] Tout ce qu’on nous impose. Je rejette tout en bloc. Alors je pique ce dont j’ai besoin pour vivre. Et quand j’ai l’impression de m’approprier les affaires que j’ai volées, je m’en débarasse et je cherche une autre cible. (page 27) […] Troy va ainsi de ville en ville, de motel en motel, d’identité en identité. Jusqu’au jour où il apprend que son frère, Harlan, s’est fait dépouiller par sa femme. Il décide alors de revenir à New Cona, petite ville rurale du Texas, où il a grandi et où Harlan est resté comme prisonnier d’une histoire familiale dont il n’arrive pas à s’émanciper. Les deux hommes partent ainsi à la recherche de Bettie. Mais rien ne se déroule comme prévu, en volant une voiture, ils se retrouvent avec une gamine de 11 ans sur les bras. Recherchés par la police, ils décident malgré tout de ramener Martha, enfant d’origine mexicaine issue de la communauté Mennonite, à son père, Aron.

Presidio est ce qu’on appelle au cinéma un road movie. Nous traversons l’Etat du Texas sans bien savoir comment va se terminer cette cavale. Ce roman est aussi prétexte à nous parler des conditions de vie des immigrés mexicains et de la communauté des Mennonites, communauté dont je n’avais jamais entendu parler. Il s’agit d’une communauté religieuse, proche des Amish, présente en Amérique latine, aux Etats-Unis et en Allemagne. En France, on va les retrouver essentiellement en Alsace.

Presidio est aussi l’histoire de deux familles, celle des frères Falconer et celle de Martha et de son père Aron. Les flash-back sur le passé des uns et des autres, les allers-retours sur le temps présent des protagonistes s’enchainent avec talent. Le lecteur passe ainsi d’une histoire à une autre sans perdre le fil du roman.

Le seul « reproche » peut-être que je pourrais faire à ce premier roman est l’insertion régulière des passages de lettres écrites par Troy. Ce procédé n’apporte rien au roman et peut parfois casser le rythme. Mais c’est juste mon ressenti.

Avant de terminer cette chronique, je vous livre un passage du roman qui en dit long : […] Un jour, un fermier ingénieux a une idée et plante dans son lopin une pancarte où est inscrit UNE DE CES PASTEQUES EST EMPOISONNEE. Le stratagème fonctionne jusqu’au soir où un voleur encore plus ingénieux, prenant le cultivateur au mot, se munit d’un pinceau et ajoute sur le panonceau MAINTENANT IL Y EN A DEUX, avant d’emporter son butin.
Sans doute parce que cette histoire traite du pouvoir des mots, elle a naturellement trouvé sa place dans les sermons pour lesquels on l’a vraisemblablement inventée. On y a souvent recouru pour enseigner aux gens de la terre ce qu’ils savaient déjà au plus profond d’eux-mêmes : on récole ce que l’on sème. (page 109)[…]

Pour finir, je préciserai que Presidio est une ville du Texas frontalière du Mexique. Presidio veut dire aussi prison en espagnol…

Presidio de Randy Kennedy (traduit par Eric Moreau) aux éditions Delcourt, 2019. 339 pages.

Poster un commentaire

Classé dans Lire, Littérature amécaine (U.S.)

La porte des Enfers de Laurent Gaudé

4ème de couv. : Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

 

J’ai lu ce livre dans le cadre du « Choix des abonnés ». Tous les mois je propose à mes abonnés facebook et instagram de choisir une de mes lectures du  mois suivant parmi deux ou trois romans. Pour le mois de février 2019, le choix s’est porté sur cette étrange fiction.

C’est la première fois que je lis un roman de Laurent Gaudé malgré tout le bien que j’ai pu en entendre ou en lire, et quel regret d’avoir tant attendu ! Son écriture est incroyable. Avec des mots, des phrases qui sonnent justes, il nous transporte dans un univers surprenant en passant par des chemins bien tortueux. Sa force est telle que j’étais à Naples avec tous les protagonistes.

Ce roman nous raconte l’histoire de Mattéo qui voit son fils de 6 ans, Pippo, mourir dans ses bras lors d’un règlement de compte mafieux. Ils se trouvaient là  au mauvais endroit au mauvais moment . Sa femme, Giuliana, qui n’accepte pas la disparition de son enfant,  demande à son mari de venger cette mort injuste. Et quand elle voit qu’il n’en fera rien, elle disparait. Mattéo, lui déprime et s’enfonce dans la solitude. Et c’est dans ses déambulations solitaires qu’il rencontre Grace, un travesti prostitué, Garibaldo, un patron de bar qui créé des cafés pour chaque envie (ou besoin) tel un alchimiste,  Don Mazerotti, un curé pas très conformiste et le professeur Provolone, un érudit qui affirme savoir où se trouve l’entrée des enfers. Si par moment les situations sont quelque peu absurdes et les personnages excessifs voire caricaturaux, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher ce livre. Il est intrigant. Un suspens bien mené, je ne pensais pas me retrouver en enfer au milieu d’âmes perdues, bien joué ! La seule chose que je n’ai pas compris est pourquoi Pippo, un enfant innocent, se retrouve coincé en enfer. Mais c’est ça aussi le roman, on peut créer des situations a priori impensables quand on a du talent. Et là, c’est le cas. Je n’en dirai pas plus sinon je serais obligée d’en dévoiler un peu trop. Et il me semble que pour apprécier ce livre il ne faut pas trop en savoir à l’avance.

La Porte des Enfers de Laurent Gaudé aux éditions Actes Sud, 2008. 266 pages.

Poster un commentaire

Classé dans Lire, Littérature française