Limonov de Emmanuel Carrère

Reprise de l'ancien blog - Article publié en 2011

Quand j’limonovai entendu Emmanuel Carrère parlé de ce livre, de cet homme « Limonov », de ce personnage qui est tout sauf un héros, j’ai tout de suite été attirée. Je voulais des réponses à toutes ces questions que je me posais en l’écoutant présenter son livre. Comment peut-on écrire sur un fasciste sans se fourvoyer ? Comment raconter son histoire sans être en accord avec ce qu’il a pu faire, avec ses idées ? Je connais la passion de l’auteur pour la Russie, son pays maternel, mais je ne comprenais pas son intérêt pour un personnage aussi immonde. 

Et j’ai compris : »c’est plus compliqué que ça ». Par deux fois dans le livre, Emmanuel Carrère utilise cette phrase. Je cite : « Je suis désolé. Je n’aime pas cette phrase. Je n’aime pas l’usage qu’en font les esprits subtils. Le malheur est qu’elle est souvent vraie. En l’occurrence, elle l’est. C’est plus compliqué que ça. » (page 381).

« Limonov »,  c’est l’histoire de la Russie, tout ce qu’elle peut avoir de beau comme d’abject. Mais c’est aussi l’histoire de l’après guerre en France et aux Etats-Unis. Trois pays, trois vies politiques, leurs artistes, leur culture, leurs pauvres, leurs révolutions. Limonov naît et grandit en Russie. Pauvre, voyou, il s’exile aux Etats-Unis où il est clochard, valet de chambre pour millionnaire. Il découvre la liberté mais apprend que pour être totalement libre il faut être riche. Il part en France. Il devient écrivain-poète, publie des autobiographies. Il retourne en Russie, fonde un parti fasciste. Il côtoie les plus grands mais aussi la prison. Cet homme dur qui nous apparait dans l’impossibilité d’aimer qui que ce soit à part lui-même tombe par deux fois amoureux. Ce n’est pas de l’amour comme nous l’entendons mais à chaque fois une relation passionnelle avec une femme qu’il pense au départ trop belle pour lui. Ces femmes sont paumées, droguées, alcooliques ou nymphomanes. Le sexe joue aussi un rôle important dans la vie de Limonov et l’auteur ne nous épargne pas les scènes pornographiques détaillées au langage cru, à l’image du personnage. Idem, quand il nous fait part de ses expériences homosexuelles. Emmanuel Carrère n’est pas tendre avec le lecteur mais la réalité l’est-elle ?

Cet ouvrage, bien écrit, bien documenté, nous offre une autre vision de ce pays qu’est la Russie. Et nous rappelle que l’être humain est capable du meilleur comme du pire et que tout n’est pas blanc ou noir. Ce n’est pas un livre sur le fascisme mais sur la nature humaine, sur la résilience, sur le lien entre environnement socio-culturo-économico-politico-etc et la construction identitaire générant comportements déviants, violence, haine…. Pas de happy end, pas de leçon de morale, à chacun d’en tirer ses conclusions.

Suite à mon inscription au match littéraire organisé par PriceMinister, j’ai eu la belle surprise de trouver dans ma boîte aux lettres ce roman d’Emmanuel Carrère (que j’avais sélectionné). Merci à eux.

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Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature française

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