Annabel de Kathleen Winter

4ème de couv. : En 1968 au Canada, un enfant voit le jour dans un village reculé de la région du Labrador. Ni garçon ni fille, il est les deux à la fois – l’enfant naît hermaphrodite. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l’enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ses parents le prénomment Wayne, mais Thomasina l’appelle secrètement Annabel avant de partir poursuivre une formation en Europe. Son père prend la difficile décision de faire opérer l’enfant et de l’élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi caché – une fille appelée Annabel – ne disparaît jamais complètement. Wayne rêve de faire de la natation synchronisée, de porter un maillot de bain pailleté que sa mère va finir par lui acheter sans rien dire au père. jusqu’au jour où le secret de son corps lui est dévoilé à l’hôpital. Wayne décidera donc de quitter son village pour aller travailler en ville sur des chantiers. Pourtant, il devra apprendre qu’il ne doit pas confier son secret à personne.

Kathleen Winter, née en 1960, a écrit des textes pour la télévision. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles, Boys (2007). Annabel a été finaliste pour plusieurs prix prestigieux, dont le Giller Prize, le Prix du Gouverneur général et le prix Orange. Kathleen Winter vit à Montréal avec son mari.

 

Télérama commence la critique de ce livre par ces quelques phrases : « On a tous un roman un peu rare, un peu bizarre, totalement à part, qu’on offre à ceux qui semblent le mériter. Un livre cher qu’on partage avec les personnes dignes de confiance, qui auront interdiction d’exprimer la moindre déception sous peine de vous blesser déraisonnablement. Annabel fait partie de ceux-là. Sitôt ouvert, il vous emplit d’une émotion indéfectible, et vous voilà animé de la même dévotion que son héros, Wayne, qui confesse : « Une fois que j’aime une personne, quoi qu’elle fasse, rien ne m’empêchera de l’aimer. ». Je ressors de la lecture de ce livre avec ce même sentiment. Ce roman est enivrant de beauté et de poésie. L’écriture est magnifique, les mots sont justes, tendres malgré une histoire qui pourrait vite tourner au drame et au voyeurisme.  Wayne est né hermaphrodite mais sera élevé sous le sexe masculin, comme en a décidé son père. Wayne ne sait pas ce qu’il est réellement, il sent bien qu’il n’est pas comme les autres, lui qui rêve de natation synchronisée dans de jolies maillots de bain pailletés. Nous assistons à cette quête d’identité qui aurait été différente sans les non-dit et les silences, même sa meilleure amie perd sa voix, elle qui voulait être chanteuse. La vérité fait peur à son père, ce taiseux qui aime la solitude, la nature et qui ne comprend pas les Hommes. Sa mère fait de son mieux, elle qui aurait voulu l’élever comme une fille. Ses parents ainsi que leur amie proche, Thomasina, qui appelle Wayne Annabel quand ils ne sont que tous les deux (prénom de sa fille décédée), sont tous trois bienveillants, aimants, à leur façon. Wayne finit par découvrir ce qu’il est réellement mais pas qui il est. Le chemin est long, semé non pas d’embûches mais de cartes postales, celles de Thomasina qui entreprend un voyage à travers le monde. Toutes ces cartes sont des représentations de ponts. Si il n’est question que d’architecture dans le roman, on comprendra la symbolique : le pont, épreuve initiatique du passage d’un monde vers un autre. La construction de soi. Cette traversée est difficile mais l’amour des proches aussi maladroit soit-il permet d’y arriver malgré tout.

Je remercie Claude qui m’a prêté ce livre, et sans qui je n’aurais peut-être pas découvert cette merveille. J’espère que les membres du groupe « Je me livre à la p@ge » à qui j’ai proposé ce livre en lecture commune ont ressenti ces mêmes belles émotions. Un vrai coup de coeur pour moi.

Annabel de Kathleen Winter aux éditions Christian Bourgeois, 2013 – 453 pages.

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Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature Canada

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