L’écrivain public de Dan Fesperman

4ème de couv. : 9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s’échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l’Hudson. C’est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d’un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d’un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d’une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l’avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l’ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent…

Ce roman présenté comme un polar, un thriller, un roman policier, comme vous voulez, va au delà de ces qualificatifs de genre. La part historique tient une grande place dans le récit. Cette fiction aux personnages attachants tels que le flic Cain bien sûr mais aussi sa fille Olivia, Béryl sa maitresse et Danziger, l’homme mystérieux avec qui il s’allie pour mener une enquête, nous rappelle (ou nous apprend, j’avoue que je ne connaissais pas cette partie de l’Histoire) le rôle qu’a pu jouer la mafia new-yorkaise durant la seconde guerre mondiale. Son alliance avec les autorités (procureur et hauts responsables) a permis d’obtenir nombre de renseignements nécessaires pour lutter contre les Nazis. Le plus étonnant est de constater que la plupart de ces mafieux le faisaient gratuitement, par patriotisme. Dan Fesperman a donc choisi de faire revivre cette partie de l’histoire américaine sous la forme d’un polar. Le roman démarre avec l’arrivée à New-York de Cain, flic meurtri par un divorce et muté suite à une sordide affaire qui reste mystérieuse pendant quelques chapitres. A peine installé, il doit enquêter sur la mort d’un homme retrouvé sur les docks, territoire de la mafia. Sa route croise ainsi celle de Danziger, un écrivain public, qui va l’aider à mener l’enquête. Mais qui est ce Danziger ? Dès son entrée dans le roman il plane autour de lui quelque chose d’étrange, de malsain… et par petites touches, l’auteur délivre des indices, des information sur cet homme dérangeant.

L’enquête avance à petits pas et l’on comprend vite que tout est lié.

En parallèle, l’auteur choisi de mettre en scène la vie privée de Cain et d’associer à l’histoire (et à l’enquête) sa fille, sa maitresse et son ex-beau-père. Cette combinaison (l’histoire personnelle de Cain, l’enquête, le mystérieux Danziger et l’Histoire de la seconde guerre mondiale) est une des forces du roman. D’ailleurs ce roman est écrit sous une forme chorale, Cain et Danziger prennent la parole à tour de rôle ou plutôt à tour de chapitre !

On découvre donc une Amérique corrompue, du petit flic au procureur en passant par les services fédéraux, un quartier de New-York nommé la « Petite Allemagne » où vivent de nombreux Nazis mais aussi une Amérique patriote prête à tout pour battre l’ennemi.

Ce roman, traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre, est très bien écrit. Le langage est soutenu comme celui de Danziger, appelé dans une autre vie « Le dictionnaire ». Suspens, rebondissements, personnages attachants, personnages détestables, ambiance new-yorkaise des années 40 sur fond de seconde guerre mondiale : tout y est pour vous tenir en haleine jusqu’aux dernières pages. J’ai beaucoup aimé ce roman policier qui sert d’alibi pour dépeindre une Amérique plutôt méconnue et dont on parle peu.

Une vraie réussite ! Le New-York times ne s’y est pas trompé ! (élu meilleur roman policier de l’année par le New-York Times).

Je remercie les Editions du Cherche Midi et Léa du Picabo River Book Club (club de lectures Nord-Américaines sur FB) qui m’ont fait découvrir un auteur, un style et une partie de l’Histoire que je ne connaissais pas.

L’écrivain public de Dan Fesperman (traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre) aux éditions du Cherche Midi, 2018. 452 pages.

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Classé dans Lire, Littérature amécaine (U.S.)

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