Archives de Catégorie: Emotions fortes – Coups de coeur

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

Femme à la mobylette4ème de couv. : Abandonnée par tous avec ses trois enfants, Reine n’arrive plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Son horizon paraît se boucher chaque jour davantage, alors qu’elle porte en elle tant de richesses. Seul un miracle pourrait la sauver… Et il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d’une femme ordinaire au bord du gouffre. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

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Parcours bouleversant d’une femme plongée dans une dépression profonde (voire une PMD ?) et qui doit se battre contre une société qui ne l’a pas épargnée, dès sa naissance. Issue d’un milieu très modeste, élevée par sa grand-mère, elle perd son mari qui la quitte pour une femme plus jolie et plus riche, elle perd son boulot, elle perd pieds…. Seule avec ses trois enfants, au bord de la folie, elle découvre une mobylette enfouie dans le tas de déchets qui se trouve dans son jardin. Grâce à ce deux-roues, elle rencontre Jorgen et elle retrouve du travail comme thanatopractrice. En s’occupant des morts, elle revient à la vie. Sa passion pour la couture lui permet aussi de ne pas s’enfoncer davantage. Son histoire d’amour et ses enfants aussi. Mais c’est sans compter sur son ex-mari qui veut à tout prix récupérer ses enfants.

Ce roman est fort, puissant, touchant. Magnifiquement écrit, il aborde le sujet difficile et émouvant du drame social de la femme exclue.
Encore sous le coup de l’émotion, j’ai du mal à en parler. Touchée en plein cœur.

♥Coup de cœur 2019.♥

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle aux éditions Flammarion 2017. Lu dans la version poche de chez J’ai lu.

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Le faucon maltais. Une enquête de Sam Spade de Dashiell Hammett

4ème de couv. : Quelle est cette mystérieuse statuette noire qui attise tant les convoitises? Pourquoi certains sont-ils prêts à risquer leur vie pour la posséder? Lorsque Miles Archer, son associé, est tué lors de ce qui ne devait être qu’une banale filature, le privé Sam Spade reprend l’enquête. Il n’a aucune idée de ce dans quoi il vient de mettre les pieds! Il lui faudra tout son flegme et une bonne dose de cynisme pour résister aux femmes fatales, à la police et aux gangsters de tous poils qui aimeraient bien mettre un terme à sa carrière et l’empêcher de retrouver le faucon maltais…

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Quel bonheur de se (re)plonger dans l’Amérique des années 30 ! Qui plus est avec Dashiell Hammett, fondateur du roman noir.

J’avais unRésultat de recherche d'images pour "humphrey bogart sam spade" vague souvenir du film de John Huston mais le visage et l’allure d’Humphrey Bogart, qui incarnait à la perfection le détective Sam Spade, sont vite revenus dans mon esprit.

C’est donc dans un univers sombre et cynique que se déroule l’action de ce roman. Et, nous retrouvons tous les ingrédients des policiers de l’époque : les gangsters, les femmes fatales, les machos, le whisky, les bureaux enfumés.

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Une autre époque ni meilleure ni plus mauvaise mais qui a permis à la littérature et au cinéma de nous offrirent de vrais chefs-d’œuvre !
Pour en revenir au roman, nous suivons donc l’enquête du détective Sam Spade. Ce dernier est engagé par une très belle jeune femme, Miss Wonderly, pour retrouver sa soeur disparue. Il s’avèrera rapidement que ce n’est ni son vrai nom ni sa soeur qu’elle recherche. L’associé de Sam Spade se fait descendre dès les premières pages du roman, ce qui motivera encore plus le détective à mener l’enquête. Je n’en dis pas plus. Je ne voudrais pas spoiler toutes celles et ceux qui après la lecture de cette chronique vont se jeter sur le livre et/ou sur le film. 🤗

Grand maître du roman « policier » de l’entre deux guerres, Dashiell Hammett nous plonge toujours dans des univers assez violents, dépourvus de sentiments où ni le bien ni le mal règne. Entre son alcoolisme, la tuberculose et les persécutions du gouvernement américain lors de sa chasse aux sorcières, il n’a pu nous offrir que six romans. Des incontournables à lire et à conseiller pour que son oeuvre, aussi mince soit-elle, puisse continuer de vivre et à être à portée de tous (ses romans sont absents des rayonnages de beaucoup de bibliothèques, malheureusement).

Roman écrit en 1929 et publié en 1930 aux Etats-Unis et en 1936 en France.

Le faucon maltais de Dashiell Hammett (traduit par Natalie Beunat et Pierre Bondil) aux éditions Gallimard, 2009. Lu dans sa version Poche. Folio Policier.

 

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Monsieur Han de Hwang Sok-Yong

4ème de couv. : À travers la descente aux enfers d’un homme écartelé par la division de son pays, brutalement séparé de sa famille, socialement déclassé, renié par le Nord et suspecté au Sud, partout indésirable, Hwang Sok-yong dit toute la cruauté d’une époque en folie qui pousse les êtres dans des voies sans issue. D’où l’émouvante beauté de son personnage, devenu emblématique.
Récit poignant, fulgurant, de l’existence d’un Candide pris malgré lui dans l’engrenage de l’Histoire, Monsieur Han est une œuvre majeure de la littérature coréenne contemporaine.

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Lecture commune du groupe FB : « Je me livre à la p@ge«

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A travers ce court roman, l’auteur nous montre l’absurdité d’un monde en guerre. Ici, celle de la Corée. Notre héros, Monsieur Han est né, vit et travaille en Corée du Nord. Il est médecin, professeur d’Université, mais il a toujours refusé de participer aux réunions politiques et autres assemblées obligatoires imposées par le Parti. La guerre civile éclate. Il essaie de soigner le petit peuple bien qu’il ait été assigné au centre de soins pour dignitaires. Il finit par s’enfuir et rejoindre la Corée du sud.

Soupçonné d’être un espion, il est emprisonné, torturé puis relâché. Il n’arrivera jamais à trouver sa place dans ce monde qui se déchire.

Traitre pour les Nord-Coréens, espion pour les Sud-Coréens, il s’efface, s’enferme et vit misérablement et silencieusement. C’est ce parcours semé d’embûches que nous raconte Hwang Sok-Yong. C’est l’histoire d’un homme sacrifié, symbole d’un pays divisé par la guerre et la misère, d’un homme humble qui ne souhaitait qu’une chose vivre en paix avec sa famille et soigner les gens qui en avaient besoin. C’est l’histoire d’un pays qui se déchire. L’auteur ne nous épargne aucune souffrance. Aucune tendresse, aucune complaisance dans ce récit. La vie de cet homme est rythmé par les traitrises, les ambitions, et l’envie de s’enrichir des uns et des autres. Ses proches sont manipulés. Seule sa soeur arrive à tenir le cap et se bat pour la liberté de son frère.

Un roman poignant. Un véritable témoignage. Bouleversant.

Monsieur Han de Hwang Sok-Yong (traduit pas Choi Mikiyung et Jean-Noêl Juttet) aux éditions Zulma, 2016. 132 pages.

 

 

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Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur

4ème de couv. :Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation. Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête. Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain. Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies. Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.
Après Le Cœur sauvage, un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d’une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l’avenir de notre planète.

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Ce roman m’a été envoyé par les éditions Albin Michel dans le cadre d’un partenariat avec le PicaboRiverBookClub (groupe de lectures nord-américaines sur FB).

Robin MacArthur est connue pour son recueil de nouvelles « Le coeur sauvage » publié en 2017 chez le même éditeur. Les femmes de Heart Spring Mountain est son premier roman. Et quel roman !

L’histoire se passe en 2011, dans le Vermont, quelques jours après le passage de l’ouragan Irène. Vale revient à Heart Spring Mountain, après des années d’absence, pour retrouver sa mère, Bonnie, disparue pendant cette catastrophe naturelle. Elle re-découvre sa région natale mais surtout interroge son histoire familiale. Qui sont ces femmes, mères, grand-mères, tantes qu’elle n’a pas forcément connues et qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui ? D’où vient-elle ? Quels sont ces secrets de famille qui ont pu en détruire certains ? Quelle est l’histoire de cette famille où les hommes (les pères) sont absents ?

Le roman est rythmé par de courts chapitres évoquant chacun un pan de l’histoire familiale à travers les siècles et les évènements de vie des personnages, de l’arrière arrière grand-mère à Vale. Tout fini par se recouper et expliquer la vie des derniers descendants, Vale et son cousin Danny.

En lisant ce roman, je n’ai pu m’empêcher d’établir l’arbre généalogique de cette famille bien complexe. Je ne le montre pas car il enlèverait une partie du suspens 😉

En dehors de la psychogénéalogie et des secrets de famille voir des répétitions de scenarios de vie (lire Anne Ancelin-Schützenberger, Serge Tisseron et Jean Cottraux pour la théorie), c’est aussi un roman écologique. Il appelle à aimer la terre, à la défendre et à la préserver. La nature tient une grand place dans cette fiction. Tout autant que le retour aux sources. J’ai pensé au livre de Jim Harrison « Retour en terre » même si Vale ne revient pas pour mourir mais au contraire pour revivre.

Je n’ai pas envie d’en dire plus ni sur l’histoire ni sur les personnages, je préfère vous laisser découvrir. Comme Vale, au fil des pages vous apprendrez, comprendrez cette famille, cette région, cette terre.

J’ajouterai juste que ce livre est magnifiquement bien écrit, l’écriture est pure, tendre, elle ne juge pas, elle est bienveillante, émouvante, sensible. Voici quelques extraits choisis :

[…] De si jolies maisons, songe Vale. Et à l’intérieur, tellement de substances : oxycodone, chrystal meth, héroïne et fentanyl, qui se frayent un chemin jusqu’à une localité comme celle-ci, une petite ville d’ouvriers et de hippies. Partout où se niche la pauvreté. Là où les emplois sont aussi rares que les possibilités d’aller faire sa vie ailleurs.[…]. Page 57

[…] »Prendre sa vie en main et la vivre à la campagne, avec bon sens, simplicité et bienveillance. »[…]. Page 149

[…] « Des légendes à eux seuls, ces ancêtres ! s’exclame Deb. Des modèles à suivre pour mieux se conduire en ce monde ». Vale hoche la tête et boit une gorgée de tequilla. « Oui mais que se passera-t-il quand on perdra ces légendes ? Quand le fil de l’histoire sera rompu ? ». Elle revoit le visage de Bonnie près de la rivière, serrant contre le sien le corps potelé de Vale, riant. Bonnie, qui n’a jamais eu les cahiers de Léna entre les mains. Jamais vu la photo de Marie. Sa vie aurait-elle été différente, si elle avait su ce que sait Vale aujourd’hui ?[…]. Page 272

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur aux éditions Albin Michel (collection Terres d’Amérique), 2019. 349 pages.
Traduit par France Camus-Pichon

Coup de coeur 2019.

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Petit pays de Gaël Faye

4ème de couv. : Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire.
Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Gaby est né d’un père français et d’une mère Rwandaise Tutsie. Pour des raisons professionnelles, ils vivent dans un quartier cossu d’expatriés au Burundi. Lui et sa petite soeur Ana vivent des jours heureux entre les copains, l’école et la maison. Mais le couple ne va pas bien, ses parents se séparent. Le Burundi, le petit pays de Gaby, lui avance doucement vers la guerre civile (coup d’état, guerre entre ethnies) puis vient le drame rwandais (pays frontalier) de 1994 pendant lequel les Tutsis sont massacrés par les Hutus. Le monde de l’enfance s’écroule brusquement, il faut grandir vite. Gaby prend conscience des différences, lui qui ne se voyait que comme un enfant, on lui renvoie son métissage en plein figure. Il n’est ni Tutsi, ni burundais, ni français. Et puis, il doit vivre avec les horreurs des massacres qui ont rendu sa mère folle. C’est toute cette histoire que nous raconte ce premier roman bouleversant. Nous sommes confrontés de plein fouet à la bêtise humaine, à l’horreur, à la violence, au racisme, aux conséquences du colonialisme. Comment se construire sereinement quand de tels drames viennent vous frapper en pleine enfance ? Gaby lui se raccroche aux livres qui le font voyager et oublier pendant quelques heures tout cette souffrance.

Ce petit livre m’a bouleversé tant par son récit que par son écriture. Même si c’est une histoire que je connaissais pour avoir déjà lu plusieurs ouvrages sur cette partie de l’histoire rwandaise et burundaise, je ne suis pas sortie indemne de ce roman.

J’ai noté plus particulièrement ce passage écrit par Gaby quelques années après son retour en France : « […] Je vis depuis des années dans un pays en paix où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin. […] »

Il serait bien que chacun d’entre nous en prenne conscience, non ?

Petit Pays de Gaël Faye aux éditions Grasset, 2016. Lu dans sa version poche, Le livre de Poche, 218 pages.

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Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Littérature française, Littérature rwandaise