Archives de Catégorie: Littérature amécaine (U.S.)

Jake de Bryan Reardon

4ème de couv. : Simon Connolly est l’heureux père de deux enfants, Jake et Laney. Sa situation d’homme au foyer est pour le moins originale et Simon n’est pas toujours très à l’aise dans ce rôle. Mais, cahin-caha, la famille coule des jours paisibles… Jusqu’au matin où Doug Martin-Klein, un gamin insociable dont Jake est le seul copain, tire sur plusieurs camarades de classe avant de se donner la mort.
Les survivants et les blessés sont peu à peu évacués, mais Jake est introuvable. Et très vite soupçonné d’être le complice de Doug.
Commence alors pour Simon une véritable descente aux enfers. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver? Comment a-t-il pu ne rien entrevoir du drame qui se profilait? Jake est-il coupable? Où est-il passé?

*********************************

Sorti en début d’année, ce premier roman est une vraie réussite. L’auteur nous raconte avec talent le long chemin du père de famille pour comprendre ce qui a pu arriver à son fils. Suite à une fusillade dans un lycée américain, son fils disparait. Complice ? Il fréquentait l’assassin qui s’est donné la mort après le carnage.

Les chapitres alternent entre l’enfance de jake et le jour de la fusillade et ceux qui suivent cet acte abominable, des flash back très bien menés jusqu’à la révélation. C’est aussi la remise en question d’un père au foyer, le narrateur de l’histoire. Qu’a-t-il fait ou n’a-t-il pas fait ? A-t-il bien joué son rôle de père au foyer dans une société où cela est presque perçu comme anormal ? Doit-il remettre l’éducation qu’il a donné à son fils en cause ? Connaissait-il vraiment bien son fils ? Le doute s’installe puis la culpabilité. Remise en question du couple aussi.

L’auteur dénonce aussi le lynchage médiatique subit par les familles des présumés coupables dans une Amérique où les armes circulent librement. Les familles sont accablées, montrées du doigt. Leurs maisons sont encerclées par les médias mais aussi par la population, curiosité malsaine des badauds, incompréhension, colère, chagrin des parents endeuillés et des proches de Jake.

Ce livre est la fois dur par son sujet et haletant par son suspens. Intéressant par son style et par sa description du quotidien de la vie américaine. Une belle plume, des personnages à la psychologie fine, une énergie, un enchainement d’événements efficace.  Un très très bon roman noir.

Jake de Bryan Reardon (traduit de l’américain par Flavia Robin) aux éditions gallimard (Série Noire), 2018 – 335 pages.

 

 

Publicités

1 commentaire

Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature amécaine (U.S.)

Le poids du monde de David Joy

4ème de couv. : Après avoir quitté l’armée et l’horreur des champs de bataille du Moyen-Orient, Thad Broom revient dans son village natal des Appalaches. N’ayant nulle part où aller, il s’installe dans sa vieille caravane près de la maison de sa mère, April, qui lutte elle aussi contre de vieux démons. Là, il renoue avec son meilleur ami, Aiden McCall. Après la mort accidentelle de leur dealer, Thad et Aiden se retrouvent soudain avec une quantité de drogue et d’argent inespérée. Cadeau de Dieu ou du diable ?

*****************

C’est avec plaisir que j’ai reçu courant juillet le deuxième roman de David Joy paru en France. Sélectionnée par Léa du groupe FB de lectures Nord-Américaines PicaboRiverBookClub, ce livre m’a été envoyé par les éditions Sonatine qui est en partenariat avec ce groupe. Merci à eux pour cette belle découverte.

*****************

Le poids du monde est l’histoire de deux gamins cabossés par la vie. Thad, né d’un viol, est rejeté par sa mère qui ne voit en lui que son agresseur et sa vie anéantie. Aiden, lui, assiste à l’assassinat de sa mère par son père qui se tue ensuite d’une balle dans la tête. Ces deux gamins ont environ 10 ans quand ils se rencontrent. Ils décident de vivre ensemble dans une caravane. Ils partagent tout, les galères, les petites combines, les vols, la drogue, etc. Jusqu’à ce que Thad s’engage dans l’armée et part se battre en Afghanistan. Il rentre quelques années plus tard encore plus cabossé que ce qu’il n’était auparavant. Il retrouve Aiden et la caravane. Ils ont alors une vingtaine d’années. Ils survivent tant bien que mal jusqu’au moment où ils se retrouvent en possession d’une quantité importante de drogue et d’argent. Grâce à « cette opportunité », ils espèrent se sortir enfin de leur vie misérable mais tout s’aggrave et le lecteur assiste impuissant à une une véritable descente aux enfers… jusqu’au point de non retour.

Ce livre est bouleversant. C’est un roman noir, violent qui décrit la misère sociale de ces petits blancs des Appalaches dont j’ai découvert l’existence avec le roman de J.D. Vance, Hillbilly Elegie. C’est ce même univers glauque où le chômage et la violence sont rois. Et comment se sortir de cette destinée quand toutes les portes semblent fermées ?

Ecrit sous la forme d’un thriller dans un style parfait, l’auteur nous révèle cette véritable tragédie que vivent quelques milliers d’américains, qu’il a vécu lui-même, abandonnés à leur sort, armés, non éduqués. Ces gamins, filles comme garçons, grandissent dans un monde presque post-apocalyptique. Ils ne connaissent que la violence, la misère, les armes. Privés d’amour et de culture, ils ne font et ne deviennent que ce qu’ils ont toujours connus.

Malgré la dureté de ce livre, j’ai été happée par l’histoire et le suspens. J’ai eu du mal à le lâcher, espérant toujours que quelque chose les sauve…  Les personnages de ce roman sont tous odieux, violents, paumés et pourtant je n’ai pu m’empêcher de m’attacher à tous ces acteurs qui n’ont pas choisis leur rôle, ici ce n’est pas Hollywood et ses paillettes… Ici c’est une question de survie…

Si vous voulez comprendre l’Amérique d’aujourd’hui, si vous aimez les romans noirs, si vous aimez les thrillers, ce roman est fait pour vous !

Coup de coeur de la rentrée littéraire 2018.

Le poids du monde de David Joy aux éditions Sonatine, 2018. 309 pages

Lu dans le cadre du partenariat entre les Editions Sonatine et le groupe FB PicaboRiverBookClub. #editionssonatine #PicaboRiverBookClub

7 Commentaires

Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature amécaine (U.S.), Policiers - Thrillers

Mille femmes blanches de Jim Fergus

4ème de couv. : En 1874, à Washington, le Président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart vient en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle de squaw et les rites indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux cotés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption…

******************************************

Ce roman « traîne » dans ma PAL depuis un moment mais grâce au groupe FB #PicaboRiverBookClub sur lequel j’ai vu passer nombre d’avis positifs et le challenge de l’amitié du groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté, je l’ai enfin lu. Et quel bonheur ! Coup de coeur pour ce roman  !

*********************************************

En 1874, le Président Grant et le chef indien Little Wolf se sont bien rencontrés mais d’après ce que j’ai pu lire il n’y a aucun document officiel relatant cet entretien. La légende dit que le chef indien aurait demandé l’échange de mille femmes blanches contre des chevaux et des bisons. Jim Fergus s’est emparé de ce fait historique (et de cette légende) et s’est demandé ce qui ce serait passé si le Président Grant avait accepté. C’est ainsi qu’est née cette fiction. Ecrite sous forme de journal, il raconte l’histoire d’une femme, May Dodd, qui accepte ce deal.

May Dodd est enfermée dans un asile psychiatrique par sa famille parce qu’elle aime un homme qui n’est pas de sa condition et avec qui elle a eu deux enfants hors mariage. Pour fuir cet enfermement et retrouver sa liberté, elle accepte cet arrangement entre puissants. Elle est choisie par le chef indien Little Wolf pour devenir son épouse. May, femme cultivée, comme beaucoup de ses compagnes, relate toute son histoire dans des carnets qui seront retrouvés des dizaines d’années plus tard.

Le lecteur part ainsi à la rencontre d’un peuple indien, de sa culture, de ses rites, de sa vie quotidienne. Les femmes blanches et les indiens et indiennes essaient de s’apprivoiser, le barrage de la langue n’aide pas, mais contrairement aux préjugés ces indiens sont patients et tolérants. Ils sont respectueux des coutumes de ces blanches et acceptent même un moine qui n’a pas le même Dieu qu’eux. Et si parfois ils sont choqués par les attitudes de ces dames, tel fumer la pipe (réservé aux hommes !), ils laissent faire. On se rend compte alors que les indiens sont bien plus tolérants que les Blancs colonisateurs.

Le mode de pensée des blancs est lui aussi à des années lumières de celui des indiens. Par exemple, le mal n’existe pas chez les indiens, d’ailleurs le mot lui-même n’existe pas dans leur langue. Certaines scènes qui pourraient nous paraitre barbares sont pour eux de l’ordre de la tradition, souvent liée à des idées mystiques et ne comprennent pas les réactions de dégoût, d’indignation et de colère de ces femmes blanches.

May, elle, est une combattante, une féministe, une idéaliste. Elle voudrait que les peuples vivent en paix les uns à côtés des autres. Elles croient en cette mission d’intégration. Elle finit par aimer cette vie, ce peuple. Les femmes entre elles sont très solidaires malgré leur différence, ce qui n’aurait pas été possible dans le monde dit civilisé des blancs où on ne mélange pas les serviettes et les torchons !

Une certaine harmonie règne dans son groupe d’adoption malgré la violence liée à l’alcool, aux guerres entre clans et aux conflits avec les blancs. Puis tout s’écroule et May témoigne, impuissante, de l’extermination des peuples indiens, appelés les sauvages. Seulement, les sauvages ne sont peut être pas ceux que l’on croit…

Ce roman est fort, puissant à l’image de ces guerriers indiens. Il est magnifiquement bien écrit. Une fois commencé, difficile de le lâcher. Et il a été douloureux pour moi de quitter ces personnages. Mais tout a une fin…. malheureusement pour les peuples indiens.

Jim Fergus a écrit une suite : La vengeance des mères en 2016. Je vais m’empresser de me procurer ce tome d’autant qu’à l’écoute de l’interview que je vous propose ci-dessous j’apprends qu’il écrit un troisième tome !

Mille femmes blanches de Jim Fergus aux éditions Le Cherche Midi, 2000. 505 pages dans la version Pocket. Traduit par Jean-Luc Piningre.

Lu dans le cadre du challenge de l’amitié littéraire 2018 proposé par Iman Eyitayo sur le groupe FB Baisse Ta Pal, des challenges à volonté.

*******************

Interview de Jim Fergus en 2016 à la sortie de La vengeance des mères.

4 Commentaires

Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature amécaine (U.S.)

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski

4ème de couv. : Jérémie, « la Cité des poètes », est une petite ville d’Haïti qui semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, face à une mer de carte postale, qu’atterrit l’Américain Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies. Rapidement happé par la vie locale et ses intrigues politiques, il se lie d’amitié avec Johel Célestin, un jeune juge respecté de tous, qu’il convainc de se présenter aux élections afin de renverser le redoutable sénateur Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme mystérieux de Nadia, la femme du juge, va en décider autrement, alors que le terrible séisme de 2010 s’apprête à dévaster l’île… Portrait féroce du pouvoir et magnifique histoire d’amour, ce roman inspiré de l’expérience de l’auteur rend un vibrant hommage à l’énergie éclatante du peuple des Haïtiens et de leur culture. Avec le regard d’un journaliste et la verve d’un collectionneur d’histoires, mêlant la tragédie à un humour ravageur, Mischa Berlinski s’impose comme un incroyable conteur.

Grâce au groupe FB, Picabo River Book Club et aux éditions Albin Michel, j’ai passé de belles heures de lecture. Ce roman est passionnant. Tout en étant une fiction plein de rebondissements, il n’en reste pas moins un véritable regard sur Haïti. La société décrite par l’auteur est une réalité dans ce petit pays dévasté par la pauvreté, la corruption et les catastrophes naturelles. Seules les périodes de l’Histoire ne sont pas respectées : il n’y avait pas d’élection en cours au moment du séisme de 2010 (l’auteur le souligne bien en fin de volume). Tous les personnages et les situations sont d’un réalisme terrifiant. La culture haïtienne, teintée de croyance religieuse, qu’elle soit catholique ou vaudou, est dépeinte dans ce roman telle qu’elle existe dans la vie des Haïtiens, il est évident que l’auteur a passé un long séjour dans ce pays. La description du séisme aussi est terriblement bien écrite.

Ce roman est donc composé de plusieurs histoires, politique d’abord puisqu’il s’agit de l’affrontement de deux personnes qui souhaitent gagner les élections, ensuite d’amour avec Nadia, cette femme aussi belle que mystérieuse qui fera chavirer le cœur de Terri pour le malheur de son époux et de l’épouse de ce dernier enfin, celle d’un pays qui essaie de vivre tant bien que mal. L’auteur, lui, reste en retrait. Il observe, il rapporte, ne prend que rarement position. On pourra d’ailleurs par moment reprocher un style un peu trop journalistique. Le livre est dense et peut ennuyer parfois mais dans l’ensemble j’ai beaucoup aimé.

Dieu ne tue personne en Haïti de Micha Berlinski aux éditions Albin Michel, 2018. 495 pages.

 

Poster un commentaire

Classé dans Lire, Littérature amécaine (U.S.)

L’écrivain public de Dan Fesperman

4ème de couv. : 9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s’échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l’Hudson. C’est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d’un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d’un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d’une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l’avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l’ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent…

Ce roman présenté comme un polar, un thriller, un roman policier, comme vous voulez, va au delà de ces qualificatifs de genre. La part historique tient une grande place dans le récit. Cette fiction aux personnages attachants tels que le flic Cain bien sûr mais aussi sa fille Olivia, Béryl sa maitresse et Danziger, l’homme mystérieux avec qui il s’allie pour mener une enquête, nous rappelle (ou nous apprend, j’avoue que je ne connaissais pas cette partie de l’Histoire) le rôle qu’a pu jouer la mafia new-yorkaise durant la seconde guerre mondiale. Son alliance avec les autorités (procureur et hauts responsables) a permis d’obtenir nombre de renseignements nécessaires pour lutter contre les Nazis. Le plus étonnant est de constater que la plupart de ces mafieux le faisaient gratuitement, par patriotisme. Dan Fesperman a donc choisi de faire revivre cette partie de l’histoire américaine sous la forme d’un polar. Le roman démarre avec l’arrivée à New-York de Cain, flic meurtri par un divorce et muté suite à une sordide affaire qui reste mystérieuse pendant quelques chapitres. A peine installé, il doit enquêter sur la mort d’un homme retrouvé sur les docks, territoire de la mafia. Sa route croise ainsi celle de Danziger, un écrivain public, qui va l’aider à mener l’enquête. Mais qui est ce Danziger ? Dès son entrée dans le roman il plane autour de lui quelque chose d’étrange, de malsain… et par petites touches, l’auteur délivre des indices, des information sur cet homme dérangeant.

L’enquête avance à petits pas et l’on comprend vite que tout est lié.

En parallèle, l’auteur choisi de mettre en scène la vie privée de Cain et d’associer à l’histoire (et à l’enquête) sa fille, sa maitresse et son ex-beau-père. Cette combinaison (l’histoire personnelle de Cain, l’enquête, le mystérieux Danziger et l’Histoire de la seconde guerre mondiale) est une des forces du roman. D’ailleurs ce roman est écrit sous une forme chorale, Cain et Danziger prennent la parole à tour de rôle ou plutôt à tour de chapitre !

On découvre donc une Amérique corrompue, du petit flic au procureur en passant par les services fédéraux, un quartier de New-York nommé la « Petite Allemagne » où vivent de nombreux Nazis mais aussi une Amérique patriote prête à tout pour battre l’ennemi.

Ce roman, traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre, est très bien écrit. Le langage est soutenu comme celui de Danziger, appelé dans une autre vie « Le dictionnaire ». Suspens, rebondissements, personnages attachants, personnages détestables, ambiance new-yorkaise des années 40 sur fond de seconde guerre mondiale : tout y est pour vous tenir en haleine jusqu’aux dernières pages. J’ai beaucoup aimé ce roman policier qui sert d’alibi pour dépeindre une Amérique plutôt méconnue et dont on parle peu.

Une vraie réussite ! Le New-York times ne s’y est pas trompé ! (élu meilleur roman policier de l’année par le New-York Times).

Je remercie les Editions du Cherche Midi et Léa du Picabo River Book Club (club de lectures Nord-Américaines sur FB) qui m’ont fait découvrir un auteur, un style et une partie de l’Histoire que je ne connaissais pas.

L’écrivain public de Dan Fesperman (traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre) aux éditions du Cherche Midi, 2018. 452 pages.

Poster un commentaire

Classé dans Lire, Littérature amécaine (U.S.)