Archives de Catégorie: Littérature amécaine (U.S.)

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski

4ème de couv. : Jérémie, « la Cité des poètes », est une petite ville d’Haïti qui semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, face à une mer de carte postale, qu’atterrit l’Américain Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies. Rapidement happé par la vie locale et ses intrigues politiques, il se lie d’amitié avec Johel Célestin, un jeune juge respecté de tous, qu’il convainc de se présenter aux élections afin de renverser le redoutable sénateur Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme mystérieux de Nadia, la femme du juge, va en décider autrement, alors que le terrible séisme de 2010 s’apprête à dévaster l’île… Portrait féroce du pouvoir et magnifique histoire d’amour, ce roman inspiré de l’expérience de l’auteur rend un vibrant hommage à l’énergie éclatante du peuple des Haïtiens et de leur culture. Avec le regard d’un journaliste et la verve d’un collectionneur d’histoires, mêlant la tragédie à un humour ravageur, Mischa Berlinski s’impose comme un incroyable conteur.

Grâce au groupe FB, Picabo River Book Club et aux éditions Albin Michel, j’ai passé de belles heures de lecture. Ce roman est passionnant. Tout en étant une fiction plein de rebondissements, il n’en reste pas moins un véritable regard sur Haïti. La société décrite par l’auteur est une réalité dans ce petit pays dévasté par la pauvreté, la corruption et les catastrophes naturelles. Seules les périodes de l’Histoire ne sont pas respectées : il n’y avait pas d’élection en cours au moment du séisme de 2010 (l’auteur le souligne bien en fin de volume). Tous les personnages et les situations sont d’un réalisme terrifiant. La culture haïtienne, teintée de croyance religieuse, qu’elle soit catholique ou vaudou, est dépeinte dans ce roman telle qu’elle existe dans la vie des Haïtiens, il est évident que l’auteur a passé un long séjour dans ce pays. La description du séisme aussi est terriblement bien écrite.

Ce roman est donc composé de plusieurs histoires, politique d’abord puisqu’il s’agit de l’affrontement de deux personnes qui souhaitent gagner les élections, ensuite d’amour avec Nadia, cette femme aussi belle que mystérieuse qui fera chavirer le cœur de Terri pour le malheur de son époux et de l’épouse de ce dernier enfin, celle d’un pays qui essaie de vivre tant bien que mal. L’auteur, lui, reste en retrait. Il observe, il rapporte, ne prend que rarement position. On pourra d’ailleurs par moment reprocher un style un peu trop journalistique. Le livre est dense et peut ennuyer parfois mais dans l’ensemble j’ai beaucoup aimé.

Dieu ne tue personne en Haïti de Micha Berlinski aux éditions Albin Michel, 2018. 495 pages.

 

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L’écrivain public de Dan Fesperman

4ème de couv. : 9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s’échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l’Hudson. C’est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d’un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d’un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d’une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l’avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l’ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent…

Ce roman présenté comme un polar, un thriller, un roman policier, comme vous voulez, va au delà de ces qualificatifs de genre. La part historique tient une grande place dans le récit. Cette fiction aux personnages attachants tels que le flic Cain bien sûr mais aussi sa fille Olivia, Béryl sa maitresse et Danziger, l’homme mystérieux avec qui il s’allie pour mener une enquête, nous rappelle (ou nous apprend, j’avoue que je ne connaissais pas cette partie de l’Histoire) le rôle qu’a pu jouer la mafia new-yorkaise durant la seconde guerre mondiale. Son alliance avec les autorités (procureur et hauts responsables) a permis d’obtenir nombre de renseignements nécessaires pour lutter contre les Nazis. Le plus étonnant est de constater que la plupart de ces mafieux le faisaient gratuitement, par patriotisme. Dan Fesperman a donc choisi de faire revivre cette partie de l’histoire américaine sous la forme d’un polar. Le roman démarre avec l’arrivée à New-York de Cain, flic meurtri par un divorce et muté suite à une sordide affaire qui reste mystérieuse pendant quelques chapitres. A peine installé, il doit enquêter sur la mort d’un homme retrouvé sur les docks, territoire de la mafia. Sa route croise ainsi celle de Danziger, un écrivain public, qui va l’aider à mener l’enquête. Mais qui est ce Danziger ? Dès son entrée dans le roman il plane autour de lui quelque chose d’étrange, de malsain… et par petites touches, l’auteur délivre des indices, des information sur cet homme dérangeant.

L’enquête avance à petits pas et l’on comprend vite que tout est lié.

En parallèle, l’auteur choisi de mettre en scène la vie privée de Cain et d’associer à l’histoire (et à l’enquête) sa fille, sa maitresse et son ex-beau-père. Cette combinaison (l’histoire personnelle de Cain, l’enquête, le mystérieux Danziger et l’Histoire de la seconde guerre mondiale) est une des forces du roman. D’ailleurs ce roman est écrit sous une forme chorale, Cain et Danziger prennent la parole à tour de rôle ou plutôt à tour de chapitre !

On découvre donc une Amérique corrompue, du petit flic au procureur en passant par les services fédéraux, un quartier de New-York nommé la « Petite Allemagne » où vivent de nombreux Nazis mais aussi une Amérique patriote prête à tout pour battre l’ennemi.

Ce roman, traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre, est très bien écrit. Le langage est soutenu comme celui de Danziger, appelé dans une autre vie « Le dictionnaire ». Suspens, rebondissements, personnages attachants, personnages détestables, ambiance new-yorkaise des années 40 sur fond de seconde guerre mondiale : tout y est pour vous tenir en haleine jusqu’aux dernières pages. J’ai beaucoup aimé ce roman policier qui sert d’alibi pour dépeindre une Amérique plutôt méconnue et dont on parle peu.

Une vraie réussite ! Le New-York times ne s’y est pas trompé ! (élu meilleur roman policier de l’année par le New-York Times).

Je remercie les Editions du Cherche Midi et Léa du Picabo River Book Club (club de lectures Nord-Américaines sur FB) qui m’ont fait découvrir un auteur, un style et une partie de l’Histoire que je ne connaissais pas.

L’écrivain public de Dan Fesperman (traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre) aux éditions du Cherche Midi, 2018. 452 pages.

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Hillbilly élégie de J.D. Vance #MRL17

4ème de couv. : Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter. Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Le 15 septembre dernier, j’ai eu la chance d’avoir été sélectionnée par PriceMinister pour participer au match littéraire qu’il organise chaque année. Quel bonheur de découvrir ce roman dans ma boîte aux lettre ! Par contre, unn peu en retard pour proposer cette petite chronique qui aurait dû être publiée pour le 16 novembre… aïe…

 

Ce livre est un indispensable pour qui veut comprendre l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Il s’agit d’un récit autobiographique qui vaut toutes les études sociologiques. On découvre une population Nord Américaine dont on entend peu parler, les Hillbillies, qui peut se traduire en français par « péquenots ». Cette population vit dans ces petites villes américaines où l’industrie a disparu, les usines ont fermé les unes après les autres et des familles entières sont laissées sur le carreau. Mais, contrairement à ce que tout un chacun pourrait penser, en raison des clichés bien ancrés, il s’agit d’une population blanche. Et cette population blanche rêve de retrouver la grandeur des Etats Unis d’antan, blanche et riche. C’est ainsi que des familles pauvres, illettrées pour beaucoup, où sévit la violence et la misère essaient de survivre entre drogue et armes à feu.

J.D. Vance, à travers son parcours, nous emmène donc à la rencontre de cette partie de l’Amérique blanche où il est né et où il a grandi. J’ai ainsi découvert une Amérique dont on ne parle jamais, cette Amérique révoltée et violente, vivier de l’électorat de Trump ; et je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec certaines villes du Nord de la France.

Ce livre montre bien que le manque de culture, de reconnaissance, de travail et surtout d’espoir peut engendrer haine et colère contre lesquelles il est très difficile de lutter.

Ce récit autobiographique se lit comme un roman et est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien au plaisir de lecture.

Hillbilly 2légie de J.D. Vance (traduit par Vincent Raynaud) aux éditions Globe, 2017 – 283 pages

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Après la chute de Dennis Lehane

4ème de couv. : Journaliste en pleine ascension, Rachel s’effondre en direct devant des millions de téléspectateurs. C’est le début de la chute. en peu de temps, elle perd tout : son emploi, son conjoint, sa vie idéale. En fait, peut-être pas si idéale que cela. Rachel avait une mère manipulatrice, quant à son père elle ne l’a jamais connu. C’est en cherchant à en savoir plus sur ses origines qu’elle croise la route de Brian Delacroix. Un homme qui va tout faire basculer…

J’aime beaucoup cet auteur et comme tout le monde je crois, j’ai adoré, entre autres, Shutter Island et Mystic River. Alors, quand LéaTouchBook a proposé un concours pour gagner son dernier roman, autant vous dire que je me suis vite inscrite ! Et j’ai bien fait car j’ai fait partie des heureux élus. Reçu donc en avant première, j’ai commencé ce thriller psychologique une semaine avant sa sortie et j’espérais bien publier ma chronique pour le jour de sa sortie en librairie le 4 octobre mais Léhane en a décidé autrement.
La première partie de ce roman m’a quelque peu décontenancée. C’est long, long, long : Rachel est malheureuse avec sa mère, Rachel perd sa mère, Rachel cherche son père, Rachel se marie, Rachel devient une star de la télé. Rachel… Les personnages ont du mal à s’affirmer, les situations bougent peu, c’est quelque peu « planplan » pour un thriller psychologique. Intriguant donc mais pas transcendant… Mon rythme de lecture a donc été le reflet de cette première partie : lent !.
Malgré mes difficultés à entrer dans l’histoire, j’ai persisté… tout de même c’est Léhane, non ? Et j’ai bien fait, une fois passée cette première partie un peu (beaucoup) barbante, on entre vraiment dans le vif du sujet. L’histoire prend forme, le rythme s’accélère, les personnages deviennent plus consistants, l’action et le suspens  prennent  le dessus et on découvre un bon polar. Rachel qui a tout perdu (boulot, mari, amis…) pour avoir craqué en direct, devient agoraphobe, s’enferme chez elle, se replie sur elle-même et doit gérer ses crises de panique. Mais c’est sans compter sur Brian qu’elle croise à plusieurs reprises dans la première partie du roman et dont elle tombe amoureuse. Il la sauve… mais à quel prix… Je ne peux en dire plus sur l’histoire sans risquer de trop en dévoiler.

Voilà, j’ai du mal à en parler davantage. La lecture a finalement été plutôt plaisante (une fois passé la première partie) mais je n’ai pas retrouvé la plume de Dennis Léhane. Dommage…. mais on ne peut pas être le meilleur tout le temps …

Merci à #LéaTouchBook et aux éditions Rivages.

Après la chute de Dennis Lehane aux éditions Rivages, 2017 – 456 pages.

Lecture commune du groupe Picabo River Book Club

https://lesravissementsdevalerie.files.wordpress.com/2017/08/picabo-river-book.png?w=500

 

 

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Dans la forêt de Jean Hegland

4ème de couv. : Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’éléctricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Je reste sans voix. C’est un très gros coup cœur. Ce roman est magnifique, d’une intensité et d’une beauté rares.  L’histoire débute comme un roman de science-fiction post-apocalyptique. On ne sait pour quelle raison, l’essence et l’électricité se font rares jusqu’à disparaitre. Plus d’internet, plus de voitures, plus de grandes surfaces où faire ses courses, plus d’eau courante, plus de médecins, plus de médicaments, plus rien. Les gens meurent ou s’enfuient vers Boston où les rumeurs disent que tout est « normal » là-bas. Nell et Eva, elles, restent dans leur maison au milieu de la forêt, loin de la ville, où elles vivaient avec leurs parents, des bobos écolos, qui les ont entourées d’amour et de nature. Mais tous deux meurent. Tous les rêves s’écroulent, fini la danse, fini le rêve d’études à Harvard. Il faut apprendre à vivre autrement ou plutôt réapprendre à vivre. Le lecteur quitte alors ce monde post-apocalyptique pour un retour aux racines de la vie, à la terre et à la nature. Et ce monde devient beau et poétique.

C’est difficile pour ces deux jeunes filles qui ont grandi avec internet, l’électricité, les supermarchés mais elles s’accrochent, apprennent, apprivoisent la nature et ses secrets. Elles jardinent, étudient les plantes, coupent du bois, font des conserves. Elles doivent aussi se protéger du monde extérieur qui pourrait être violent. Elles ne peuvent compter que l’une sur l’autre pour survivre et sur ce que la nature a à leur offrir. Le sens de la vie prend alors une autre forme. Qu’est-ce qui est important au fond ? L’amour qu’elles éprouvent l’une pour l’autre va aussi les aider à surmonter toutes les épreuves.

C’est un roman d’apprentissage où l’amour et la nature ont repris leur droit. Il est magnifiquement bien écrit. Il est sensible, percutant, intelligent. Une fois la lecture terminée, on ne peut s’empêcher de se questionner « Que ferais-je dans une telle situation ? Serais-je capable de survivre sans tout le confort auquel je suis habituée ? ». L’auteure dénonce aussi à travers cette fiction dite de nature writing notre société de surconsommation et les mauvais traitements que nous infligeons à notre planète.  Elle rend aussi hommage aux tribus indiennes qui savaient écouter la nature et vivre en harmonie avec elle. Elle s’appuie sur le témoignage d’une de ses héroïnes du passé Sally Bell, l’une des dernières survivantes de la tribu Sinkyones.

Le bonheur n’est peut-être pas là où l’on croit….

Dans la forêt de Jean Hegland aux éditions Gallmeister, 2017 (publié en 1996 aux Etats-Unis)

 

 

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Classé dans Emotions fortes - Coups de coeur, Lire, Littérature amécaine (U.S.)