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L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan

4ème de couv. : À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.
Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant? 

Adam, un jeune adolescent de 17 ans et ses parents, soutenus par les membres influents de leur congrégation (les témoins de Jéhovah), refusent la transfusion sanguine qui pourrait lui sauver la vie. Mais Adam est encore mineur et l’hôpital porte l’affaire en justice.
A l’aube de ses soixante ans, Fiona Maye, magistrate renommée dans l’Angleterre actuelle et spécialiste de la famille, hérite de cette affaire. C’est elle qui doit prendre la décision difficile : accéder à la demande de la famille ou à celle de l’hôpital ?
Au même moment et après 20 ans de mariage, son mari, qu’elle a certes délaissé pour se consacrer entièrement à son travail, l’informe qu’il va avoir une aventure avec une jeune femme et souhaite son approbation. Elle refuse. Il s’en va.
C’est dans cette atmosphère que démarre ce dernier roman de Ian McEwan, auteur entre autres de « L’innocent », « Amsterdam », « Sur la plage de Chesil » ou encore « Solaire ».
Le roman se poursuit sur le même ton.
Après avoir entendu toutes les parties, Fiona décide de rencontrer Adam avant de prendre sa décision. Elle se rend à son chevet à l’hôpital. Elle découvre un adolescent intelligent et se livre à un entretien avec lui peu conventionnel, sous le regard perplexe de l’assistante sociale. Là, se noue entre eux une relation  à la fois maternelle et sensuelle. Tiraillée entre sentiments et déontologie, Fiona finit par prendre une décision (je ne vous dévoile pas laquelle mais vous allez sans doute le deviner en lisant la suite…). Mais est-elle armée pour assumer les conséquences de sa décision sur la vie de cet adolescent ? Y-a-t-elle seulement réfléchi ? A-t-elle pris la bonne décision ? Ces questions, elle ne se les posera qu’en fin de roman, quand elle se prendra la réalité tragique de ce jeune homme en plein figure. Parallèlement, autant de questions sur sa vie de couple se posent à elle.

C’est un très bon roman, captivant, dérangeant. Les phrases et les mots sont justes, bousculent et laissent planer un certain malaise.
De multiples questions surgissent. La justice est-elle plus forte que la religion ? Prenons-nous toujours les bonnes décisions ? Mesurons-nous toujours la portée de celles-ci ? Où s’arrêtent nos responsabilités ?

Je conclurai par un extrait du livre « L’intérêt de l’enfant, son bien être, tenait au lien social. Aucun adolescent est une île. Elle croyait que ses responsabilités s’arrêtaient aux murs de la salle d’audience. Mais comment auraient-elles pu s’arrêter là ? Il était venu la retrouver, cherchant ce que tout le monde cherche, et que seuls les gens qui croient à la liberté de pensée, et non au surnaturel, peuvent donner. Du sens. ».

L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan aux éditions Gallimard (du monde entier), 2015 – 229 pages.

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Scènes de conversation de Lytton Strachey

Reprise de l'ancien blog - Article publié en 2010

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Quatrième de couverture : « Au coeur du XVIIIe siècle français, brille une longue suite d’amours malheureuses, d’amitiés trahies, de désespoirs et de ratages. Héroïnes du style et de l’esprit, virtuoses de la parole et de l’écoute, les salonnières furent comme fatalement la proie de ces passions impossibles, aimant qui ne les aimait pas, n’aimant pas qui les aimait.

L’histoire de la relation contrariée de Mme du Deffand et de Melle de Lespinasse est certes bien connue ; mais il revient à Lytton Strachey, en deux « portraits miniatures » jusque-là inédits en français, d’en avoir tracé l’épure, concentrant en quelques pages lumineuses d’un style cristallin, le récit de ces destinées admirables et erratiques, fascinées par le langage, soucieuses des formes, de l’élégance des rapports humains, prisonnières, pour finir, d’une géométrie de l’intenable. »

Lytton Strachey (1880-1932), auteur britannique du XIXe, appartenait au groupe de Bloomsbury avec Virginia Woolf et John Maynard.

La lecture de ces 88 pages est un bon remède contre les allergies aux romans classiques ; réconciliation avec ce genre littéraire garantie.

Extrait : [..] Le destin apparut sous les traits de Mme du Deffand. Cette personne hors du commun entrait dans l’ultime phase de sa carrière. Elle vieillissait, elle devenait aveugle et, malgré toute sa gloire et son pouvoir, elle perdait goût à Paris. Dépitée et malade, elle fuit jusqu’au fin fond de la campagne ; elle passa un été avec les Vichy, et fit la connaissance de Mlle de Lespinasse. Les deux emmes semblent avoir compris presque aussitôt qu’elles étaient faites l’une pour l’autre. Julie avait alors vongt et un ans ; elle était déterminée à échapper à tout prix à une position intolérable ; elle se confia à la spirituelle et affectueuse marquise. Quel que fût son cynisme, quelque froid le regard qu’elle jetait sur un monde qu’elle ne connaissait que trop, il n’y avait pas plus impulsive que Mme du Deffand. Julie était dotée de toutes les vertus, de tous les talents ; elle était « ma reine » ; avec elle il serait possible de revivre ; elle devait venir à Paris ; il n’y avait pas d’autres solution. Julie hésita toute une année avant de franchir le pas. En avril 1754, elle se rendait enfin à Paris et emménageait chez la marquise dans ses appartements du couvent de Saint-Joseph. […]

Scènes de conversation de Lytton Strachey aux Editions Le Promeneur, 1991

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