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L’habitude des bêtes de Lise Tremblay

4ème de couv. : « J’avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant,je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux dire quand exactement ».

C’est le jour où sans doute un vieil indien lui a confié ce chiot. Dan. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour de bon la porte de son grand appartement vide. Ce n’était pas un endroit pour Dan, alors Benoît est allé s’installer dans son chalet du Saguenay, au coeur du parc national. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…

Au delà des rivalités, c’est la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce roman au décor grandiose.

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C’est avec plaisir que j’ai reçu courant juillet le dernier roman de Lise Tremblay. Sélectionnée par Léa du groupe FB de lectures Nord-Américaines PicaboRiverBookClub, ce livre m’a été envoyé par les éditions Delcourt qui est en partenariat avec ce groupe. Heureuse donc de ce petit cadeau d’autant que la lecture fut agréable, devrais-je même dire très agréable ! 🙂

C’est un court roman qui raconte la deuxième partie de la vie de Benoît. Benoît est un citadin, riche, qui ne pense qu’à lui, à la pêche et à ses vols en hydravion. Il délaisse femme et enfant. Un jour, lors de l’une de ses escapades, un vieil indien lui confie un jeune chiot, Dan. On ne sait pourquoi, ce jeune chien va littéralement changer la vie de Benoît. Ce dernier décide alors de quitter son appartement cossu de Montréal pour aller s’installer dans son chalet en forêt. Entouré par la nature et l’amour de son chien, il apprend à vivre autrement, regarde le monde qui l’entoure et devient un homme bienveillant. Autour de lui gravitent quelques personnages qui apportent une profondeur au roman. Sa fille d’abord, Carole, diagnostiquée psychotique pendant des années mais qui va de mieux en mieux depuis la découverte de sa réelle pathologie (et donc de sa prise en compte) : une dysphorie du genre. Mina, la vieille dame du village, qui attend la mort, tranquillement. Odette, la vétérinaire près de la retraite, un peu alcoolique, qui cherche un sens à sa vie. Rémi, un gars du cru, bourru et peu causant qui a peur de voir le village exploser quand les clans s’affrontent au sujet de la présence des loups sur le territoire des chasseurs. Tout ce beau monde se côtoie et s’aime sans se le dire. Puis, il y a Dan, le chien devenu vieux, atteint d’un cancer, il va mourir. Enfin, la nature, surtout la forêt qui tient une place importante dans cette histoire.

Ce roman est d’une force et d’une vérité incroyable. Le lecteur prend une grande bouffée d’oxygène, de simplicité et de lâcher prise. La solitude est magnifiée et apparait comme nécessaire pour se ressourcer. Tout est beau même la mort, qui devient quelque chose de naturel contre laquelle on ne lutte pas. C’est aussi un livre sur la vieillesse, sur le bien vieillir… On revient à l’essentiel.

Le style est limpide. Les phrases sont courtes, sans discours inutile. L’auteure arrive à nous faire entendre les silences et la nature.

A noter que ce livre est écrit avec ce français canadien pour lequel je suis peu habituée mais il est tellement bien écrit que la langue a résonné dans ma tête et les expressions ont toutes été compréhensibles. Si cela peut dérouter aux premières pages, cette langue fait ensuite partie intégrante du roman et de sa beauté.

Coup de coeur de la rentrée littéraire 2018.

L’habitude des bêtes de Lise Tremblay aux éditions Delcourt, 2018. 124 pages.

Lu dans le cadre du partenariat entre les Editions Delcourt et le groupe FB PicaboRiverBookClub. #editionsdelcourt #PicaboRiverBookClub

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Annabel de Kathleen Winter

4ème de couv. : En 1968 au Canada, un enfant voit le jour dans un village reculé de la région du Labrador. Ni garçon ni fille, il est les deux à la fois – l’enfant naît hermaphrodite. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l’enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ses parents le prénomment Wayne, mais Thomasina l’appelle secrètement Annabel avant de partir poursuivre une formation en Europe. Son père prend la difficile décision de faire opérer l’enfant et de l’élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi caché – une fille appelée Annabel – ne disparaît jamais complètement. Wayne rêve de faire de la natation synchronisée, de porter un maillot de bain pailleté que sa mère va finir par lui acheter sans rien dire au père. jusqu’au jour où le secret de son corps lui est dévoilé à l’hôpital. Wayne décidera donc de quitter son village pour aller travailler en ville sur des chantiers. Pourtant, il devra apprendre qu’il ne doit pas confier son secret à personne.

Kathleen Winter, née en 1960, a écrit des textes pour la télévision. Elle est l’auteur d’un recueil de nouvelles, Boys (2007). Annabel a été finaliste pour plusieurs prix prestigieux, dont le Giller Prize, le Prix du Gouverneur général et le prix Orange. Kathleen Winter vit à Montréal avec son mari.

 

Télérama commence la critique de ce livre par ces quelques phrases : « On a tous un roman un peu rare, un peu bizarre, totalement à part, qu’on offre à ceux qui semblent le mériter. Un livre cher qu’on partage avec les personnes dignes de confiance, qui auront interdiction d’exprimer la moindre déception sous peine de vous blesser déraisonnablement. Annabel fait partie de ceux-là. Sitôt ouvert, il vous emplit d’une émotion indéfectible, et vous voilà animé de la même dévotion que son héros, Wayne, qui confesse : « Une fois que j’aime une personne, quoi qu’elle fasse, rien ne m’empêchera de l’aimer. ». Je ressors de la lecture de ce livre avec ce même sentiment. Ce roman est enivrant de beauté et de poésie. L’écriture est magnifique, les mots sont justes, tendres malgré une histoire qui pourrait vite tourner au drame et au voyeurisme.  Wayne est né hermaphrodite mais sera élevé sous le sexe masculin, comme en a décidé son père. Wayne ne sait pas ce qu’il est réellement, il sent bien qu’il n’est pas comme les autres, lui qui rêve de natation synchronisée dans de jolies maillots de bain pailletés. Nous assistons à cette quête d’identité qui aurait été différente sans les non-dit et les silences, même sa meilleure amie perd sa voix, elle qui voulait être chanteuse. La vérité fait peur à son père, ce taiseux qui aime la solitude, la nature et qui ne comprend pas les Hommes. Sa mère fait de son mieux, elle qui aurait voulu l’élever comme une fille. Ses parents ainsi que leur amie proche, Thomasina, qui appelle Wayne Annabel quand ils ne sont que tous les deux (prénom de sa fille décédée), sont tous trois bienveillants, aimants, à leur façon. Wayne finit par découvrir ce qu’il est réellement mais pas qui il est. Le chemin est long, semé non pas d’embûches mais de cartes postales, celles de Thomasina qui entreprend un voyage à travers le monde. Toutes ces cartes sont des représentations de ponts. Si il n’est question que d’architecture dans le roman, on comprendra la symbolique : le pont, épreuve initiatique du passage d’un monde vers un autre. La construction de soi. Cette traversée est difficile mais l’amour des proches aussi maladroit soit-il permet d’y arriver malgré tout.

Je remercie Claude qui m’a prêté ce livre, et sans qui je n’aurais peut-être pas découvert cette merveille. J’espère que les membres du groupe « Je me livre à la p@ge » à qui j’ai proposé ce livre en lecture commune ont ressenti ces mêmes belles émotions. Un vrai coup de coeur pour moi.

Annabel de Kathleen Winter aux éditions Christian Bourgeois, 2013 – 453 pages.

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