Archives de Catégorie: Littérature française

Chanson douce de Leïla Slimani

4ème de couv. : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Waouh ! Ce roman est d’une intensité incroyable. C’est un véritable coup de coeur. L’écriture est magnifique, directe et poétique à la fois.  Cette auteure a un véritable talent.

Elle raconte l’histoire d’un couple, qui trop heureux d’avoir trouvé la nounou parfaite, disponible, investie, ferme les yeux sur toutes ces petites choses qui annoncent la fin tragique de cette histoire. Elle dépeint ainsi une société obsédée par l’argent et la réussite, qui sacrifie famille et enfant pour arriver à ses fins.

Parfois dans la tête de Myriam, la maman, parfois dans la tête de Louise, la nounou, le lecteur explore le psychisme de ces deux femmes. La maman est une femme moderne, qui veut réussir, s’épanouir dans son travail comme le fait son mari. Mais cette quête n’est possible qu’en mettant entre parenthèses sa condition de maman. Elle culpabilise énormément mais le diktat de la société est bien plus fort. Louise, elle, est une femme d’origine très modeste dont on ne sait pas grand chose au début du livre mais dont certains comportements laissent planer le doute sur sa santé mentale. Ces « bizzareries » se multiplient au fil des pages pour finir par confirmer un état mental perturbé.

Je ne dévoile rien par ces quelques lignes, ni surprise, ni suspens dans ce roman. Leïla Slimani, dès la première phrase, nous annonce la couleur : « Le bébé est mort ». Ce roman raconte comment un tel acte a pu être possible. Et si la nounou est bien la meurtrière, on s’interroge sur la « participation » de la société. N’est-elle pas coupable elle aussi ? Vaste sujet….

En tout cas, n’hésitez pas, c’est vraiment un très très bon roman.

Chanson douce de Léïla Slimani édités chez Gallimard, 2016 – 240 pages

Prix Goncourt 2016

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Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu

Afficher l'image d'origine4ème de couv. : Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue.

 

Quelle belle leçon de vie ! Quel courage ! Quelle détermination !
Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dyonisos mais aussi auteur de « La mécanique du coeur », nous raconte son combat contre la maladie (aplasie médullaire, maladie du sang grave et rare). Sans pathos et avec énormément d’humour, il expose toutes les étapes qu’il a dû franchir, de la révélation du diagnostic à la guérison. Il nous parle de ses ressentis psychologiques et physiques, de l’amour de ses proches sans lequel il n’aurait peut-être pas gagné et de la musique, de la littérature et de l’écriture qui lui ont permis de se battre, de survivre et finalement de revivre. C’est aussi un hommage à tous ces soignants qui chaque jour et chaque nuit donnent de leur personne pour accompagner, soigner, réconforter des malades en souffrance.

Ce récit, proposé sous la forme d’un journal, est drôle et poétique. Mathias Malzieu joue avec les mots, c’est un véritable délice. Le style enjoué est émouvant. Une vraie réussite littéraire !

Mais ce livre est avant tout un livre d’espoir pour tous les malades et les non-malades.
Donner un sens à sa vie, savoir ce qui est important, préserver les liens affectifs avec ceux qui nous aiment et surtout  s’entourer de littérature et de musique, voilà ce que je retiendrais de ce journal.

Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel, 2016 – 233 pages
Prix Essai France Télévisions 2016

Livre proposé au challenge Reading Challenge 2016 / Catégorie Un roman édité en 2016
Livre proposé au challenge Atout prix 2016-2017 (Babelio)

Il a aussi sorti un excellent album sous le même titre. En voici deux morceaux :

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Le Bloc de jérôme Leroy

4ème de couv. : Cette nuit, tout peut basculer, le destin de la France comme ceux d’Agnès Dorgelles, d’Antoine Maynard et de Stanko. Demain, Antoine sera peut-être ministre, Stanko, lui, sera mort. Cette nuit, c’est la nuit où se négocie l’entrée au gouvernement du Bloc Patriotique, le parti d’extrême droite dirigé par Agnès. Cette nuit, c’est la nuit qui doit marquer l’aboutissement de vingt-cinq ans d’une histoire obscure, où ont dominé le secret, la violence et la manipulation.

J’ai découvert ce livre au salon littéraire « Noir sur la ville » de Lamballe (22) en 2014 lors de lectures à la médiathèque. L’extrait choisi par les lecteurs (des comédiens) ne pouvait que susciter l’envie d’aller y voir de plus près. En effet, leur choix s’est porté sur les premières pages du roman : des phrases chocs, percutantes, une écriture efficace. En voici les premières lignes :

« Finalement, tu es devenu fasciste à cause d’un sexe de fille.
La formulation te fait sourire un instant et c’est bien la seule chose qui t’aura fait sourire aujourd’hui. On dirait une épitaphe : Antoine Maynard, devenu fasciste à cause d’un sexe de fille.
Et puis tu ne souris plus : tu sais qu’en ce moment précis, quelque part dans la ville, des hommes cherchent à tuer ton ami. Ton frère. Ton petit mec. Ou ton âme damnée, comme on disait dans les romans du monde d’avant.
Stanko. […]

Comment résister le_bloc_dedicaceà ces quelques lignes ? Elles sont fortes, intrigantes, suscitant curiosité et appétit de bons mots. Je suis partie à la rencontre de l’auteur, nous avons échangé quelques mots et, bien entendu, il m’a dédicacé le livre.

Après cette rencontre avec l’auteur et ces moments forts agréables au Salon de Lamballe, me voilà enfin à la rencontre du livre (qui avait rejoint ma PAL et que j’avais un peu oublié). Et je n’ai qu’un mot pour le décrire : SENSATIONNEL.

Jérôme Leroy a un talent incroyable. Nous entrons dans la vie et la tête de deux personnalités importantes d’un parti d’extrême droite au moment où, après 25 ans de lutte, ils arrivent enfin au pouvoir. Effrayant.

C’est un roman choral dans lequel alternent deux personnages. Antoine Maynard, intellectuel de droite, époux de la fille du numéro un du parti (le vieux), qui espère un mandat de Ministre et Stanko., l’homme de main violent et ami d’Antoine. Pour l’un, l’auteur utilise le TU pour l’autre, le JE. Procédé intéressant, qui différencie bien les deux personnages et qui oblige aussi le lecteur à s’impliquer dans le roman. Nous suivons donc le parcours de ces deux personnages, de leur jeunesse à leur arrivée au parti puis la place qui leur est offerte dans un gouvernement qui a du mal à s’imposer. Ils sont aussi différents que l’est leur personnalité mais  leur penchant pour la violence et les idéologies extrêmes les unissent.

Ce livre dénonce la violence et l’absurdité des idées extrêmes et surtout montre  qui peuvent être ses leaders (certains personnages font vraiment penser à d’autres bien réels…) et les dangers de les voir arriver un jour au pouvoir.

Si être dans la tête de deux vrais fachos pendant 324 pages est assez déroutant, la lecture de ce roman noir a été une belle aventure littéraire.

Le Bloc de Jérôme Leroy aux éditions Gallimard, 2011 – 324 pages

Prix Michel Lebrun 2012

Livre proposé au challenge reading Challenge 2016 / Catégorie Un livre dédicacé.

Livre proposé au challenge ATOUT PRIX 2016-2017

 

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Le cerveau de Voltaire de Franck Nouchi

Afficher l'image d'origine4ème de couv. : L’ADN de Voltaire a été décrypté. À peine la médecine française a-t-elle proclamé ces résultats spectaculaires que le cerveau du philosophe disparaît. L’auteur du larcin menace de cloner l’auteur de Candide. Science-fiction ? Pas tout à fait. Nous sommes en 2011, la France s’enlise dans la paresse intellectuelle. Le commissaire Marcel Attias mène l’enquête, des intellectuels parisiens se mobilisent, l’opinion publique s’enflamme. Qui est le voleur ? Passera-t-il à l’acte ? Un virevoltant jeu du chat et de la souris commence…

Les personnages, les lieux, la manière de mener l’enquête m’ont beaucoup fait penser aux romans de Simenon. Les deux commissaires, Maigret et Attias, travaillent tous deux à Paris et plus précisément au 36, quai des orfèvres, ont pour épouse une femme dévouée, aimante, patiente, qui ne travaille pas et, bien sûr, consacre sa vie à celle de son mari. Ils n’ont pas d’enfants et vivent dans un petit appartement parisien. Bref, un univers identique à quelques décennies  et quelques traits de caractère près.

L’enquête pour retrouver le cerveau de Voltaire, volé dès le début du roman, est bien menée et le suspens perdure jusqu’aux dernières pages. Attias est un homme intelligent et cultivé mais le voleur l’est tout autant. Un jeu du chat et de la souris s’engage. L’auteur ne nous livre que le parcours du Commissaire Attias, nous ne savons rien du voleur, il se révèle au fil de l’enquête. Le scenario est plutôt bien conçu et la fin inattendue.

Ce roman est aussi une excuse pour parler philosophie et critiquer le monde des intellectuels de notre siècle, qui est montré bien pauvre par rapport au siècle des Lumières dont faisait partie Voltaire.

C’est aussi une excuse pour régler des comptes avec le monde politique et la haute société parisienne.
Ces deux aspects du livre ne sont pas toujours intéressants. Par exemple, une rencontre entre Attias et le Président Sarkozy n’a, à mon sens, aucun intérêt  [ou alors je suis passée à côté de quelque chose] ; les quelques pages peu élogieuses sur BHL sont aussi peu justifiées, même si le lecteur est en accord avec les propos. Ceci étant, ces lignes ne cassent pas le rythme de l’enquête et ne dérangent pas le déroulé de l’histoire.

Enfin, l’auteur, journaliste au Monde, impose son journal de façon pressante et omniprésente, ce qui peut devenir agaçant pour certains.

En conclusion, j’ai bien aimé ce livre qui mêle enquête policière et critique du monde même si le côté règlement de compte et promotion du journal m’a moins séduit.

Le cerveau de Voltaire de Franck Nouchi aux éditions Flammarion, 2012 – 222 pages

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En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut4ème de couv. : Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement.
C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Ce premier roman de Olivier Bourdeaut est époustouflant. La lecture des premières pages du livre est assez déroutante. On découvre un univers complètement irréel pour ne pas dire « complètement barré ». C’est une véritable tragédie comique ou une comédie tragique, je ne sais pas, à chacun de voir…
L’histoire est très étonnante et remarquablement bien écrite. On fait la connaissance d’une famille hors du commun. La maman est « folle » et le mari choisit d’entrer dans cette folie et joue le jeu des délires de son épouse, ce qui entraine toute la famille dans des situations cocasses. Au milieu de ce tourbillon, évoluent un petit garçon, qui ne comprend pas tout mais qui trouve son équilibre dans cette folie, et une grue de Numidie appelée Melle Superfétatoire, qui fait partie intégrante de la famille. Tous les jours, les parents dansent sur le titre de Nina Simone, boivent, font la fête. Jusqu’au jour où tout va trop loin. La maman s’enfonce de plus en plus dans la folie et les retours à la réalité sont de moins en moins faciles.
Malgré le ton humoristique conservé tout au long du roman, l’histoire devient de plus en plus sombre au fil des pages. En témoigne le récit du père, plus inquiétant, plus grave, qui interrompt par petites brides le narrateur qui n’est autre que l’enfant. Des situations des premières pages qui pouvaient nous faire sourire (ou rire) suivent des situations gênantes, bouleversantes, dérangeantes, tristes. Mais on ne pleure pas. L’optimisme fait oublier la tristesse. La folie annule le côté dramatique des situations et l’amour est plus fort que tout.

Tout est poésie, champagne et amour et la mort reste un mensonge.

Ce livre est une vraie pépite. Je vous encourage vivement à lire ces 158 pages rythmées par la voix de Nina Simone.

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut aux éditions Finitude, 2015 – 158 pages

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Voici la magnifique chanson du livre :

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