Archives de Catégorie: Littérature française

La vie rêvée d’Ernosto G. de Jean-Michel Guénassia

4ème de couv. : De 1910 à 2010 et de Prague à Alger en passant par Paris. La traversée du siècle de Joseph Kaplan, médecin juif pragois. De la Bohème et ses guinguettes où l’on croisait des filles qui dansaient divinement le tango en fumant des Bastos, à l’exil dans le djebel, de la peste d’Alger aux désillusions du communisme, voici la vie d’un héros malgré lui, pris dans les tourmentes de l’Histoire. Une vie d’amours et de grandes amitiés, une vie d’espoirs et de rencontres, jusqu’à celle, un jour de 1966, d’un certain Ernesto G., guerrier magnifique et terrassé, échoué au fin fond de la campagne tchèque après sa déroute africaine.

J’ai beaucoup aimé ce roman mélangeant fiction et Histoire. Des personnages incroyables, des femmes aux caractères bien trempés, indépendantes et libres… mais pas toujours.

Mais c’est surtout l’histoire d’un homme terriblement attachant, aux multiples vies, celle d’un jeune étudiant à Paris, qui partage son temps libre entre les études de médecine et le tango ; celle d’un jeune médecin pris au piège de la guerre 39-45 à Alger où il doit se cacher tout en combattant les épidémies de peste et de paludisme ; celle d’un homme accompli, heureux en amour comme au travail mais dans une Tchécoslovaquie fermée au monde extérieur et où règne une dictature communiste ; celle d’un homme résigné que les évènements de vie ont quelque peu abîmé ; celle de sa rencontre avec le Ché qui va chambouler sa vie à tout jamais.

Le lecteur suit ainsi la vie de cet homme, des femmes qui gravitent autour de lui : maîtresses, épouses, fille, amies, de ses amis qui ne lui feront pas toujours que du bien, tout en traversant la grande Histoire. Le tout rythmé par les notes de tango argentin du grand Carlos Gardel dont les disques ne quitteront jamais Joseph.

J’étais passée à côté de ce livre à sa sortie (les rentrées littéraires sont denses) mais le découvrir aujourd’hui n’enlève rien au plaisir que j’ai eu à le lire.

Et pour terminer, un petit clin d’oeil à Joseph qui est peut être toujours en vie… qui sait… 😉

La vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guénassia aux éditions Albin Michel, 2012. 544 pages

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Classé dans Lire, Littérature française

Trois saisons d’orage de Cécile Coulon

4ème de couv. : Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu’il en reste. 
Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis. 

Epoustouflant ! Une fois plongé dans la lecture de ce roman, impossible de le lâcher ! Un véritable coup de cœur. J’ai aimé, aimé, aimé. L’auteure nous emmène avec poésie et force dans une bourgade perdue du massif central à la sortie de la seconde guerre mondiale. André, médecin, traumatisé par la mort de dizaine d’enfants, décide de s’installer dans cet endroit nommé « Les trois gueules » pour effacer cette douleur en aidant ceux qui en ont besoin. Son fils Bénédict, qui arrive dans des circonstances un peu particulière (mais chut…), décide lui aussi de devenir médecin et de reprendre le cabinet de son père. C’est ainsi qu’il reste aux trois gueules avec son épouse, Agnès tout droit venue de la ville, et son vieux père. Vient enfin leur fille Bérangère.
Mais il n’est pas facile de s’intégrer quand on n’est pas né au village, quand on vient de la ville. Pourtant la rencontre de cette famille avec celle de Delphine et Maxime, paysans de père en fils, va les lier à cette terre à tout jamais.

On assiste ainsi à la métamorphose d’un village, à ce conflit entre les gens de la campagne et de la ville qui n’aspirent pas aux mêmes ambitions, qui ne regardent pas cette nature avec les mêmes yeux, qui ne subissent pas la terre de façon égale. Cécile Coulon décrit aussi la place de la femme dans cette société à deux vitesses.

L’intégration pourrait être la grande question de ce roman : Est-ce les étrangers qui ne s’intègrent pas (les gens de la ville) ou est-ce les natifs qui ne souhaitent pas leur laisser une place (les gens de la campagne). Chacun avançant avec ses peurs, ses fausses croyances, ses préjugés, ses incompréhensions…(d’actualité tout ça, non ?).

La réussite de ce roman est aussi liée au style, à l’écriture que je trouve magistrale mais surtout à ce suspens qui est entretenu tout le long du récit : un secret lourd et pesant qui déterminera le destin de ces deux familles.

Un grand merci à l’auteure grâce à laquelle j’ai passé un sacré bon moment plein d’émotions !

Trois saisons d’orage de Cécile Coulon aux éditions Viviane Hamy – 262 pages

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Chanson douce de Leïla Slimani

4ème de couv. : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Waouh ! Ce roman est d’une intensité incroyable. C’est un véritable coup de coeur. L’écriture est magnifique, directe et poétique à la fois.  Cette auteure a un véritable talent.

Elle raconte l’histoire d’un couple, qui trop heureux d’avoir trouvé la nounou parfaite, disponible, investie, ferme les yeux sur toutes ces petites choses qui annoncent la fin tragique de cette histoire. Elle dépeint ainsi une société obsédée par l’argent et la réussite, qui sacrifie famille et enfant pour arriver à ses fins.

Parfois dans la tête de Myriam, la maman, parfois dans la tête de Louise, la nounou, le lecteur explore le psychisme de ces deux femmes. La maman est une femme moderne, qui veut réussir, s’épanouir dans son travail comme le fait son mari. Mais cette quête n’est possible qu’en mettant entre parenthèses sa condition de maman. Elle culpabilise énormément mais le diktat de la société est bien plus fort. Louise, elle, est une femme d’origine très modeste dont on ne sait pas grand chose au début du livre mais dont certains comportements laissent planer le doute sur sa santé mentale. Ces « bizzareries » se multiplient au fil des pages pour finir par confirmer un état mental perturbé.

Je ne dévoile rien par ces quelques lignes, ni surprise, ni suspens dans ce roman. Leïla Slimani, dès la première phrase, nous annonce la couleur : « Le bébé est mort ». Ce roman raconte comment un tel acte a pu être possible. Et si la nounou est bien la meurtrière, on s’interroge sur la « participation » de la société. N’est-elle pas coupable elle aussi ? Vaste sujet….

En tout cas, n’hésitez pas, c’est vraiment un très très bon roman.

Chanson douce de Léïla Slimani édités chez Gallimard, 2016 – 240 pages

Prix Goncourt 2016

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Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu

Afficher l'image d'origine4ème de couv. : Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue.

 

Quelle belle leçon de vie ! Quel courage ! Quelle détermination !
Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dyonisos mais aussi auteur de « La mécanique du coeur », nous raconte son combat contre la maladie (aplasie médullaire, maladie du sang grave et rare). Sans pathos et avec énormément d’humour, il expose toutes les étapes qu’il a dû franchir, de la révélation du diagnostic à la guérison. Il nous parle de ses ressentis psychologiques et physiques, de l’amour de ses proches sans lequel il n’aurait peut-être pas gagné et de la musique, de la littérature et de l’écriture qui lui ont permis de se battre, de survivre et finalement de revivre. C’est aussi un hommage à tous ces soignants qui chaque jour et chaque nuit donnent de leur personne pour accompagner, soigner, réconforter des malades en souffrance.

Ce récit, proposé sous la forme d’un journal, est drôle et poétique. Mathias Malzieu joue avec les mots, c’est un véritable délice. Le style enjoué est émouvant. Une vraie réussite littéraire !

Mais ce livre est avant tout un livre d’espoir pour tous les malades et les non-malades.
Donner un sens à sa vie, savoir ce qui est important, préserver les liens affectifs avec ceux qui nous aiment et surtout  s’entourer de littérature et de musique, voilà ce que je retiendrais de ce journal.

Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel, 2016 – 233 pages
Prix Essai France Télévisions 2016

Livre proposé au challenge Reading Challenge 2016 / Catégorie Un roman édité en 2016
Livre proposé au challenge Atout prix 2016-2017 (Babelio)

Il a aussi sorti un excellent album sous le même titre. En voici deux morceaux :

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Le Bloc de jérôme Leroy

4ème de couv. : Cette nuit, tout peut basculer, le destin de la France comme ceux d’Agnès Dorgelles, d’Antoine Maynard et de Stanko. Demain, Antoine sera peut-être ministre, Stanko, lui, sera mort. Cette nuit, c’est la nuit où se négocie l’entrée au gouvernement du Bloc Patriotique, le parti d’extrême droite dirigé par Agnès. Cette nuit, c’est la nuit qui doit marquer l’aboutissement de vingt-cinq ans d’une histoire obscure, où ont dominé le secret, la violence et la manipulation.

J’ai découvert ce livre au salon littéraire « Noir sur la ville » de Lamballe (22) en 2014 lors de lectures à la médiathèque. L’extrait choisi par les lecteurs (des comédiens) ne pouvait que susciter l’envie d’aller y voir de plus près. En effet, leur choix s’est porté sur les premières pages du roman : des phrases chocs, percutantes, une écriture efficace. En voici les premières lignes :

« Finalement, tu es devenu fasciste à cause d’un sexe de fille.
La formulation te fait sourire un instant et c’est bien la seule chose qui t’aura fait sourire aujourd’hui. On dirait une épitaphe : Antoine Maynard, devenu fasciste à cause d’un sexe de fille.
Et puis tu ne souris plus : tu sais qu’en ce moment précis, quelque part dans la ville, des hommes cherchent à tuer ton ami. Ton frère. Ton petit mec. Ou ton âme damnée, comme on disait dans les romans du monde d’avant.
Stanko. […]

Comment résister le_bloc_dedicaceà ces quelques lignes ? Elles sont fortes, intrigantes, suscitant curiosité et appétit de bons mots. Je suis partie à la rencontre de l’auteur, nous avons échangé quelques mots et, bien entendu, il m’a dédicacé le livre.

Après cette rencontre avec l’auteur et ces moments forts agréables au Salon de Lamballe, me voilà enfin à la rencontre du livre (qui avait rejoint ma PAL et que j’avais un peu oublié). Et je n’ai qu’un mot pour le décrire : SENSATIONNEL.

Jérôme Leroy a un talent incroyable. Nous entrons dans la vie et la tête de deux personnalités importantes d’un parti d’extrême droite au moment où, après 25 ans de lutte, ils arrivent enfin au pouvoir. Effrayant.

C’est un roman choral dans lequel alternent deux personnages. Antoine Maynard, intellectuel de droite, époux de la fille du numéro un du parti (le vieux), qui espère un mandat de Ministre et Stanko., l’homme de main violent et ami d’Antoine. Pour l’un, l’auteur utilise le TU pour l’autre, le JE. Procédé intéressant, qui différencie bien les deux personnages et qui oblige aussi le lecteur à s’impliquer dans le roman. Nous suivons donc le parcours de ces deux personnages, de leur jeunesse à leur arrivée au parti puis la place qui leur est offerte dans un gouvernement qui a du mal à s’imposer. Ils sont aussi différents que l’est leur personnalité mais  leur penchant pour la violence et les idéologies extrêmes les unissent.

Ce livre dénonce la violence et l’absurdité des idées extrêmes et surtout montre  qui peuvent être ses leaders (certains personnages font vraiment penser à d’autres bien réels…) et les dangers de les voir arriver un jour au pouvoir.

Si être dans la tête de deux vrais fachos pendant 324 pages est assez déroutant, la lecture de ce roman noir a été une belle aventure littéraire.

Le Bloc de Jérôme Leroy aux éditions Gallimard, 2011 – 324 pages

Prix Michel Lebrun 2012

Livre proposé au challenge reading Challenge 2016 / Catégorie Un livre dédicacé.

Livre proposé au challenge ATOUT PRIX 2016-2017

 

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